«J’aime ce que je fais, annonce d’emblée Fabienne Marais, installée à Agonges, dans l’Allier. Après vingt ans dans l’hôtellerie, j’ai décidé de m’installer en élevant des volailles car je me sentais capable de maîtriser le suivi technique, génétique et commercial de cette production en exerçant seule. Mon mari et son frère sont éleveurs de vaches laitières et de porcs mais je tenais à mon indépendance. »

Croissance lente

C’est ainsi qu’après une formation au lycée agricole de Neuvy et une étude de marché, Fabienne prend son envol le 1er janvier 2008. Le système est calé dès le départ avec une production de volailles fermières, un atelier d’abattage à la ferme et de la vente directe sur place, sur les trois marchés hebdomadaires d’Yzeure, Moulins et Avermes, et auprès d’un restaurateur. L’éleveuse ne prospecte pas les GMS (grandes et moyennes surfaces). D’une cinquantaine de têtes au départ, les effectifs augmentent pour suivre une demande croissante. La production annuelle atteint aujourd’hui 1 700 volailles avec une gamme variée de poulets, pintades, canards, oies, dindes et chapons pour les fêtes de fin d’année.

Fabienne Marais achète des poussins démarrés de trois semaines dans deux couvoirs de l’Allier. Elle les élève au minimum 90 jours pour une croissance lente. Les animaux sont sur paille en bâtiment et disposent d’un parcours en plein air. Ils sont nourris avec les céréales produites par son mari. « Je suis puriste dans l’alimentation de mes volailles, sourit l’éleveuse. À titre d’exemple, les chapons reçoivent pendant les deux derniers mois un mélange “maison” de lait et de blé germé. »

 

Dans le cadre des visites à la ferme, une salle, décorée sur le thème de la poule, peut accueillir jusqu’à cinquante personnes. © Monique Roque Marmeys
Dans le cadre des visites à la ferme, une salle, décorée sur le thème de la poule, peut accueillir jusqu’à cinquante personnes. © Monique Roque Marmeys

Son savoir-faire et son enthousiasme font recette avec des clients aussi satisfaits que fidèles. En termes de communication, l’éleveuse adhère au réseau Bienvenue à la ferme et a lancé une page Facebook. « Le bouche-à-oreille fonctionne aussi très bien. » Elle rejoint le drive fermier créé dans le département (lire l’encadré). Avec succès, car il représente aujourd’hui 60 % des ventes.

Communication active

Soucieuse de communiquer sur son métier et sur le thème de son animal fétiche, la poule, Fabienne Marais ouvre ses portes avec le statut de « ferme pédagogique » pour les écoles, les centres de loisirs, les maisons de retraite, les centres pour personnes handicapées… Les enfants, les personnes âgées et les particuliers y sont les bienvenus pour des visites riches en explications et contacts avec les animaux. Elle propose aussi des goûters d’anniversaire in­cluant la visite de la ferme, la réalisation d’un gâteau avec les œufs de l’exploitation et des activités manuelles. « Les enfants fabriquent des petits objets de décoration avec des plumes, des emballages d’œufs… Ils sont ravis de les emporter. » La salle d’accueil, dûment décorée, peut recevoir jusqu’à cinquante personnes. « Ce lien avec les gens est primordial pour l’avenir de notre métier. Un fossé de méconnaissances s’est créé entre la ville et la campagne. C’est à nous de rétablir des vérités sur l’alimentation et le mode d’élevage de nos animaux. Ce n’est pas parce qu’une poule vit dehors qu’elle est forcément “bio” et ses œufs sont pourtant bons. Je consacre aussi du temps pour échanger avec mes clients sur les marchés. »

 

L’éleveuse ne fréquente plus aujourd’hui que le marché couvert de Moulins, où elle a une vitrine fixe. © Monique Roque Marmeys
L’éleveuse ne fréquente plus aujourd’hui que le marché couvert de Moulins, où elle a une vitrine fixe. © Monique Roque Marmeys

Augmenter le revenu

En 2018, Fabienne a construit, en système d’intégration, deux poulaillers de 4 400 places en label rouge avec parcours extérieur pour augmenter son revenu. Une initiative de bon aloi car la crise de la Covid-19 a réduit les activités d’accueil à la ferme depuis deux ans. Les ventes de volailles fermières se sont quant à elles maintenues, en particulier sur le drive. L’éleveuse ne fréquente plus aujourd’hui qu’un seul marché hebdomadaire couvert, celui de Moulins où elle possède une vitrine fixe. En effet, la production de 30 800 poulets label rouge a modifié son emploi du temps. Entre l’élevage, l’abattage, la préparation et la vente directe des volailles, la charge de travail est importante pour l’agricultrice. « Mais j’apprécie chaque jour le choix professionnel que j’ai réalisé il y a déjà quinze ans ! »

Monique Roque-Marmeys