La famille Ménager est la cinquième génération à travailler les terres de la Bourdinière, à Malville (Loire-Atlantique). À 55 ans, heureux aux manettes de l’EARL des Bruyères, il n’était pas question pour Joël Ménager de penser à sa suite. Il avait suffisamment de quoi s’occuper l’esprit avec ses 40 vaches laitières (350 000 litres de quota), 20 vaches allaitantes, et 80 ha. Quand en 2017 survient un accident qui l’immobilise pendant six mois, son épouse Véronique, à la retraite depuis un an, saisit l’opportunité. Ils profiteront de ce temps libre inattendu pour suivre la formation « Projet de transmission collectif » de la chambre d’agriculture : Cinq jours échelonnés sur cinq mois, en groupe de huit personnes, pour mieux comprendre auprès d’experts les étapes et les incidences économiques d’une transmission.

Une formation

Pour Joël, « la formation a été un déclencheur ». Ses trois enfants n’ayant pas le projet de lui succéder, il sait qu’il devra chercher lui-même un repreneur. Sans attendre le dernier moment. Et s’il trouve un acheteur avant sa retraite – dans cinq ans —, il se sent prêt à partir. Alors en 2018, Joël réalise avec la chambre un diagnostic complet de son exploitation et son évaluation selon trois méthodes. La valeur patrimoniale est le double de la valeur de rentabilité. Il retient une moyenne des trois valeurs comme base de négociation. Son projet est de tout vendre (bâtiment, matériel et cheptel) et de louer ses 40 ha de terres en propriété. Deux petites maisons locatives dans le corps de ferme et la maison d’habitation font partie du lot.

Les idées claires, Joël en parle autour de lui, et inscrit la ferme au Répertoire départ installation (RDI) – il aura deux visites intéressantes —. Mais quand Charlène et Vincent, le fils de son voisin agriculteur, se montrent intéressés, l’accord est vite conclu. L’entente est bonne et Joël et Véronique se révéleront particulièrement conciliants. « Il faut être ouvert à tout », répète le couple. Ainsi Joël accepte d’avancer son départ de trois ans, et négocie le prix de reprise afin que les jeunes obtiennent leurs prêts. En 2019, Charlène et Vincent font un stage de parrainage de sept mois sur l'exploitation. Enfin, en mai 2020, après des mois de démarches administratives -et les coûts afférents, souligne Véronique-, le projet se concrétise : la vente de la ferme et des maisons est signée, et Joël et Véronique quittent la maison familiale pour s'installer dans le bourg de Malville. Une nouvelle page s'ouvre!

Emploi salarié

 « Déménager une ferme est épuisant, soupire Véronique. Entre les outils de l’arrière-grand-père et le reste, on a mis six mois à faire le tri, vendre ou  jeter ». Aujourd’hui bien installé, le couple souffle enfin. Joël a aussitôt retrouvé un emploi dans l’entretien des espaces verts. « Je travaille 35 heures par semaine, j’ai les week-ends et des vacances ! », sourit Joël qui a l’impression « d’être à mi-temps » par rapport à son précédent rythme. Il retourne régulièrement à la ferme pour donner un coup de main aux jeunes installés.