Le rumex est la bête noire des éleveurs qui pratiquent le pâturage et la récolte de l’herbe. Et les solutions pour s’en débarrasser ne sont pas légion. Les traitements des prairies permanentes en plein, lorsqu’ils sont autorisés, représentent un coût prohibitif pour éliminer les rumex. Les seules solutions économiquement acceptables sont le traitement localisé, qu’il soit à base de vapeur, comme dans certaines Cuma de Franche-Comté, ou avec un pulvérisateur à dos. C’est cette dernière solution que deux fils d’agriculteurs allemands, Andreas Breher et Simon Cordella, ont décidé d’automatiser avec une machine de détection et traitement ultra-localisé. L’objectif des deux jeunes ingénieurs est de réduire le coût d’herbicide. En effet, ils ont calculé qu’un traitement manuel consommait 1 200 l/ha de produit contre 30 l/ha avec leur solution high-tech.

Caméras et buses sont logées sous des capots et bâches rouges qui simplifient l’analyse des images. Les zones vertes des feuilles apparaissent en blanc sous la lumière infrarouge. © RumboJet

90 images par seconde

Baptisé RumboJet, leur appareil utilise des caméras infrarouges pour reconnaître la forme des feuilles et déclencher une pulvérisation. Sur chaque tronçon, d’1,50 m, sont intallés une caméra, une Led, un ordinateur, de même que 15 électrovannes. La caméra enregistre 90 images par seconde et les transmet au processeur. Ce dernier est un Raspberry Pi, capable d’analyser les images en un temps très court. Si le traitement d’images a reconnu un rumex, le calculateur donne immédiatement l’ordre de pulvériser. De plus, un interrupteur électronique Mosfet ouvre l’électrovanne correspondante pendant la période spécifiée.

Un environnement rouge

Comme la détection de rumex est plus précise avec un éclairage uniforme, Andreas et Simon ont construit un capot rouge pour les caméras et la rampe de pulvérisation. Il supprime ainsi l’influence de la lumière du soleil et de la couverture nuageuse. La bâche est rouge car les caméras captent la lumière rouge et infrarouge. Les plantes vertes reflètent la lumière infrarouge avec un pic clair. Dans les images des caméras infrarouges, les zones vertes des feuilles sont, donc, blanches et elles sont délimitées par des arêtes vives. Il en résulte des formes claires qui peuvent être facilement évaluées à l’aide d’une analyse d’image.

Des Led pour le champ de vision des caméras

Le logiciel recherche d’abord des formes similaires. Les formes allongées signifient que les caméras ont détecté de l’herbe. Lorsqu’il s’agit de formes plates, le programme vérifie ensuite si elles correspondent aux feuilles de rumex. Sous le capot, des Led éclairent le champ de vision des caméras. Il est théo­riquement possible de traiter de nuit, cependant, dans la pratique, des insectes bourdonnent autour des lampes ainsi que des caméras, dont ils perturbent le travail.

Les deux ingénieurs envisagent désormais de commercialiser leur invention au prix de 42 400 euros pour une largeur de travail de 8,80 m avec une capacité de cuve de 600 l.

Corinne Le Gall