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« Tous mes outils sont faits maison »

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Agriculteur-inventeur - « Tous mes outils sont faits maison »
Jean-Paul Robert possède un parc de matériels atypiques qu’il a construit lui-même. C’est le cas de ce semoir monograine de sept rangs avec un interrang inhabituel. © G. Baron/GFA

Chez Jean-Paul Robert, la plupart des matériels ont été modifiés ou construits en réponse à des besoins particuliers. Ils sont notamment adaptés pour travailler des planches de sept rangs de cultures de printemps avec un interrang de 63 cm.

Ce n’est pas un seul outil que Jean-Paul Robert a autoconstruit ou adapté, mais la quasi-totalité de son parc de matériels. Professeur de génie mécanique jusqu’en 1988, il s’est ensuite installé sur une ferme du Tarn, à Peyregoux. Dès le début, il a pratiqué une agriculture de conservation des sols. « À l’époque, il n’y avait pas beaucoup de matériels adaptés ou cela coûtait très cher, se souvient Jean-Paul. J’ai donc commencé à réaliser quelques outils. »

L’espacement particulier entre les rangs a conduit Jean-Paul à modifier le pont avant de son tracteur. © G. Baron/GFA

Interrang particulier

Au départ, Jean-Paul a harmonisé les largeurs et écartements de ses matériels, à commencer par les semoirs afin de travailler en « planche ». « J’utilisais un six rangs pour le maïs, mais un huit rangs pour le soja et le tournesol, détaille Jean-Paul. Son cueilleur à maïs était un six rangs à 75 cm, mais il voulait densifier un peu plus ses planches. « Un huit rangs avec 56 cm d’interrang semblait trop compliqué, j’ai donc décidé de confectionner mon parc de matériels en sept rangs espacés de 63 cm. » Toutes les machines ont dû être modifiées pour être adaptées à ces planches de travail de 4,41 m de largeur. « J’ai même repris le pont avant du tracteur, pour que la voie mesure 1,89 m », sourit le Tarnais.

La prétraceuse-semeuse sème des couverts à la volée dans le futur interrang. © G. Baron/GFA

Le cueilleur s’est vu rajouter un rang. Certaines machines ont été intégralement conçues et fabriquées par Jean-Paul, qui partait simplement de matières premières brutes, coupées, soudées et peintes. Pour d’autres, des éléments étaient issus d’autres machines, comme des roues de rappui par exemple. Les vérins ont quant à eux été fa­briqués sur mesure par un artisan local.

Pour restituer le plus de matière organique possible au sol, Jean-Paul réalise un double couvert et récolte ses cultures le plus haut possible. Il a donc également conçu et adapté ses outils en fonction de ces deux pratiques.

Le « nettoyeur-localisateur » dégage le sillon et apporte de la solution azotée sur le rang. © G. Baron/GFA

Un itinéraire spécifique

L’itinéraire technique du Tarnais est particulier et c’est aussi pour cela que ses outils le sont. « J’aime faire les choses différemment, glisse l’exploitant. C’est vrai pour ma façon de cultiver comme pour mon rapport au matériel. »

Ainsi, la première machine qu’il utilise après un blé, lorsqu’il doit implanter un soja ou un maïs, est sa « prétraceuse- semeuse ». Elle sème à la volée du sorgho, des radis et de la moutarde d’Abyssinie dans le futur interrang. Ces graines sont tout de suite recouvertes par la paille dégagée de la future zone de semis à l’aide de chasse-débris. Deux citernes sont fixées sur la machine pour la lester à l’eau.

La traceuse sème des couverts à proximité directe du sillon qu’elle réalise. © G. Baron/GFA

Jean-Paul passe ensuite sa traceuse, fabriquée à partir d’un outil Dawn. Il a modifié sa largeur et le positionnement des éléments, ajouté des citernes de lestage et il lui a greffé une tête de répartition. Reliée à une trémie frontale, elle sème des féveroles d’hiver ou de la phacélie sur le futur rang. Ensuite, le Tarnais passe éventuellement une bineuse revisitée. « J’y ai mis des roues au lieu des dents, explique Jean-Paul. Je m’en sers pour écraser l’interrang si le développement des radis a été trop important. »

Des outils spécialisés

Juste avant le semis, l’agriculteur utilise un outil qu’il appelle « nettoyeur-localisateur ». Des chasse-débris viennent nettoyer le rang alors que des disques localisent une solution azotée. Cette dernière est transportée grâce à une pompe électrique, gérée par une tablette. Enfin, Jean-Paul implante sa culture avec un semoir monograine d’origine John Deere. Une petite trémie sur chaque­ rang assure l’apport d’inoculum pour le soja.

Le cueilleur à maïs comprenait six becs avec un interrang de 75 cm. Il en a désormais sept, avec 63 cm d’interrang. © G. Baron/GFA

Ce bricoleur a également transformé un McCormick C 105 pour la pulvérisation ou encore ajouté différentes options à sa moissonneuse-batteuse. En retraite cette année, l’agriculteur-inventeur laisse derrière lui un parc de matériels atypiques et des méthodes de travail où machinisme et agronomie sont les deux faces d’une même pièce.

Gildas Baron

Double guidage

Jean-Paul a installé lui-même le guidage RTK sur ses équipements. Il a été assisté par Didier Coste, technicien de la concession Lacan, à Albi. Son 845 International de 1984 a reçu le guidage dès le milieu des années 1990. Jean-Paul a par ailleurs adapté une interface de guidage Laforge, placée entre le tracteur et l’outil, notamment pour les champs en pente. « Ça nous a demandé beaucoup de temps pour installer et calibrer ce double guidage, confie-t-il. Mais travailler toujours précisément au même endroit est un aspect essentiel de mon système. » L’agriculteur précise que sa barre de guidage n’avait pas une vocation agricole à l’origine. « C’était celle d’un bateau de course au large, sourit-il. Je lui ai offert une seconde vie. »

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Cet article est paru dans La France Agricole

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