«Au départ de ce projet, il y a une poignée d’éleveurs bio, membres du même Geda (1), en quête d’une solution pour trier leurs récoltes de cultures associées et leurs semences », explique Julien Renolleau, associé du Gaec La Vallée de l’Issoire, à La Copechagnière, dans le nord-Vendée. Lancé en 2016, le projet du trieur mobile s’est concrétisé l’année suivante.

Pour le mener à bien, « nous avons passé le relais à la Cuma Défis 85, dont la mission est de travailler sur des initiatives innovantes, poursuit-il. La coopérative était déjà équipée d’un petit trieur fixe et elle possède aussi un toasteur. » L’entreprise Hervé de Chantonnay (Vendée) a été également mise dans la boucle.

« Elle a joué le jeu en mettant au point un premier, puis un second modèle de plateau-pose à terre, précise Julien. Il nous fallait un équipement qui puisse porter du poids – jusqu’à 4,5 tonnes – et reste bas. »

Le cylindre est composé de quatre éléments qui vont séparer le grain des balles, gousses, grains cassés et autres déchets. © A. Mabire

Cinq sorties

Concernant le trieur, le choix des agriculteurs s’est porté sur le nettoyeur rotatif Denis NR 204. Équipé de quatre éléments et de cinq sorties, il permet une reprise de tri en remorque et en big-bag. « C’était l’une des conditions que nous avions posées, l’objectif du groupe étant de pouvoir travailler des petits et des gros volumes », poursuit l’éleveur.

L’ensemble (plateau + trieur + vingt-sept grilles) a été livré en novembre 2017. Il représente un investissement de 75 000 € HT. « Depuis, pour pouvoir trier des graines plus petites, de colza, de lin ou de trèfle par exemple, nous avons racheté quatre autres grilles. » Julien Renolleau a, par ailleurs, raccourci de 2 mètres le plateau-pose à terre. « Nous disposons ainsi d’un ensemble très compact, plus facile à manœuvrer », dit-il.

Depuis l’acquisition du trieur, les agriculteurs ont racheté quatre grilles. Au nombre de trente et une, celles-ci servent aussi bien pour la féverole que pour la graine de lin, de colza ou de trèfle. © A. Mabire

Organiser les chantiers

Cette année, une quinzaine d’exploitants ont utilisé le trieur pour sa quatrième campagne. Des agriculteurs en bio, mais également en conventionnel. « Aujourd’hui, notre rayon d’action, d’une cinquantaine de kilomètres, va du nord de la Vendée au sud du Maine-et-Loire », ajoute-t-il.

En pratique, le trieur de la Cuma est mis à l’abri sur l’exploitation de Julien Renolleau, à charge pour les agriculteurs de venir l’y chercher. Les chantiers s’organisent autour d’un planning qui, depuis cette année, est géré via le site Mycuma planning. « Cela a permis de soulager l’adhérent-responsable, explique Marie Vrignaud, animatrice à l’Union des Cumas Pays de la Loire. L’autre avantage, c’est que tout le monde sait désormais où se trouve l’équipement, et s’organise en conséquence. »

Julien Renolleau a raccourci le plateau repose-sol de 2 m. Désormais très compact, le convoi est plus facile à manœuvrer. © A. Mabire

Car si le trieur est mobile, l’idée reste d’optimiser l’organisation des chantiers et d’en regrouper plusieurs sur la même exploitation. Ceci permet, notamment, d’économiser le forfait déplacement de 100 € appliqué par la Cuma. « Nous gagnons aussi du temps dans l’installation et le démontage », souligne Julien. Par expérience, la Cuma estime à 1 h-1 h 30 le temps d’installation, et à près du double celui de démontage et de nettoyage.

« Une fois le chantier lancé, une seule personne suffit, poursuit-il. Chez nous par exemple, quand on passe des gros volumes, je reste à proximité du trieur tout en faisant autre chose. En revanche, pour sa mise en place et son nettoyage, il faut être deux. »

Un débit moyen de 5 t/h

D’un mélange à un autre, d’une graine à une autre, les débits de chantier sont très variables. Cette année, la moyenne a été de 5 tonnes à l’heure, avec un minimum à 2 t/h pour les graines destinées à la semence, et un maximum à 8 t/h pour les mélanges de triticale-pois. « Au Gaec, nous avons passé 25 tonnes de blé et féverole en une demi-journée, avec deux passages, raconte Julien. Le premier pour séparer le blé de la légumineuse, le second pour la semence fermière. En revanche, le tri du colza a été compliqué. On l’a fait à la récolte. Les graines étaient humides et collaient à celles du ray-grass. Pour trier 8 tonnes brutes, il nous a fallu une demi-journée. » 

Anne Mabire

(1) Groupe d’études et de développement agricole.