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« Notre stabulation sépare les urines et les bouses »

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Effluents - « Notre stabulation sépare les urines et les bouses »
David Forget « aime avoir des produits innovants » et trouve plusieurs intérêts au Delta X, comme la réduction des émissions d’ammoniac ou l’amélioration de la santé des pattes de ses vaches. © G. Baron

Le Gaec du Buisson bénéficie du premier exemplaire du système Delta X, de Bioret Agri. Il permet de séparer directement dans le couloir de stabulation les fractions solides et liquides des effluents d’élevage.

David et Anne-Lyse Forget élèvent, avec leurs deux salariés, 130 vaches laitières sur la commune d’Abbaretz, en Loire-Atlantique. Depuis le mois de mai, le Gaec du Buisson est équipé du premier prototype de Delta X, une invention signée Bioret Agri, primée d’une médaille d’argent au Salon européen de l’élevage EuroTier à l’automne dernier. Ce système vise à séparer le plus rapidement possible les effluents solides et liquides des vaches. D’après des mesures expérimentales, il réduirait de 70 % les émissions d’ammoniac du bâtiment.

Cette pièce profilée en H est située dans la rainure. La courroie circule dans un sens au niveau supérieur, et dans l’autre en dessous. La fraction solide des effluents reste au-dessus, tandis que les liquides tombent et partent dans la direction opposée. © G. Baron

Pente et drainage actif

« Le Delta X est l’évolution du Magellan, le tapis qui draine le couloir de raclage pour que les animaux gardent les sabots le plus au sec possible, explique Yannick Daubelcour, responsable R&D chez Bioret Agri. Cette fois, le drainage est actif plutôt que passif, et plus efficace. »

Au passage du racleur, l’effet du drainage actif est visible à l’œil nu. La partie gauche de l’image est drainée par la courroie, mais pas la droite. La « vague » d’effluent provoquée par le raclage est plus sèche et moins volumineuse sur la partie équipée du Delta X. © G. Baron

La technologie repose sur la combinaison d’une légère pente de 3 % dans les couloirs, et des rainures dans lesquelles circule une courroie animée par un ou plusieurs moteurs électriques. Le nombre dépend de la longueur du bâtiment et de son éventuelle pente. « La longueur du couloir est de 110 m, expose David. En outre, il y a une pente de 1,5 %. Pourtant, on constate que les liquides remontent vers le haut, entraînés par la courroie. Nous avons fait des tests en déversant 50 l d’eau d’un coup au même endroit. Ce volume disparaît très vite du couloir de stabulation, et quelques instants plus tard, il retombe dans la fosse qui collecte les urines. » Ici, deux moteurs sont présents : l’un, dans la partie basse du bâtiment, possède une puissance de 1,1 kW, et l’autre, de 370 W, est situé en haut. « La majorité du temps, ils ne fonctionnent pas à puissance maximale, indique Yannick Daubelcour. Ce n’est que lors du passage du racleur qu’elle est nécessaire. »

De chaque côté du couloir long de 110 m, des moteurs et des poulies mettent la courroie en mouvement. La puissance maximale des moteurs n’est nécessaire qu’au passage du racleur. © G. Baron

La courroie atteint une largeur de 50 mm mais les rainures mesurent 35 mm. « C’est moins large que le passage du câble du racleur », précise David. Sous cette ouverture se trouve un élément profilé en H dans lequel la courroie passe à deux niveaux. Directement sous la surface, la courroie circule vers une préfosse qui récupère les bouses. Lorcelles-ci avancent, la fraction liquide des effluents descend au niveau inférieur, qui les fait avancer dans l’autre sens vers un bac de récupération des urines.

« Pour l’instant, nous avons une moitié du couloir qui est équipée, et pas l’autre. La différence entre les deux côtés est saisissante, souligne l’agriculteur. On le voit surtout lorsque le racleur est en fonctionnement. »

La surface du sol est constituée de pièces alvéolées en plastique léger qui forment une pente de 3 %, pour faire couler la partie la plus liquide des effluents vers la rainure où circule la courroie. © G. Baron

Réduire les pertes d’azote

Pour les exploitants, les intérêts sont multiples. « Réduire les émissions d’ammoniac, c’est d’une part diminuer l’impact environnemental de l’élevage, mais aussi limiter les pertes d’azote. En outre, poursuit l’exploitant, cela réduit la hauteur et le volume de la flaque d’effluents traînée par le racleur, ce qui ne peut être que bon pour la santé des pattes. Enfin, il s’agit d’anticiper de possibles évolutions de normes sur les émissions d’ammoniac. »

D’ailleurs, l’invention intéresse et séduit particulièrement dans des pays comme le Danemark, qui ont des normes plus strictes que la France sur les émissions du polluant volatil. La séparation des phases pourrait aussi trouver son intérêt dans le projet de méthanisation porté par les éleveurs (lire l’encadré). Le produit débute tout juste son lancement commercial, mais il est encore difficile d’annoncer un prix. « Les installations que l’on réalise actuellement se font dans un cadre de partenariat de développement, explique Yannick Daubelcour. Des ajustements techniques seront probablement effectués au cours de la première année de fonctionnement. »

En plus d’avoir conquis le jury d’EuroTier, la technologie a été labellisée par la fondation Solar Impulse, qui met en avant les inventions qui faciliteront la transition écologique de la société.

G. Baron

Valoriser les urines

L’objectif de Bioret Agri et du Gaec du Buisson est d’ajouter un système pour stabiliser et concentrer la solution d’urine. Grâce à une nanofiltration et une osmose inverse, la solution stable obtenue pourra être valorisée comme engrais biologique. « Nous avons aussi un projet de méthanisation avec trois fermes voisines, explique David. Cette technologie nous permettrait de transporter moins d’eau et d’apporter un intrant plus méthanogène au digesteur. Cela limiterait les trajets et, ainsi, le bilan carbone de l’installation. »

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Cet article est paru dans La France Agricole

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