Labourer et semer en un passage. C’est peut-être une vision utopiste de l’itinéraire technique, pourtant, différents inventeurs se sont penchés sur le sujet.

Atelier de bricolage

L’un d’entre eux, Pascal Lavaleur, a développé et conçu une machine répondant à ce cahier des charges aussi simple à comprendre que complexe à réaliser. Cet ancien entrepreneur de travaux agricoles a, aujourd’hui, mis de côté son activité de prestation de services pour se consacrer à d’autres projets. Installé en Mayenne, Pascal y possède un atelier, au Ham, et bricole régulièrement.

Les différents organes de travail du sol sont réglables indépendamment. © Pascal Lavaleur

« C’est en voyant les semis d’automne de ces dernières années, réalisés dans des conditions parfois limites, que j’ai réfléchi à une solution pour semer sans avoir à passer et, donc à tasser, de nouveau sur le labour », se souvient Pascal. Il a alors pensé à une machine attelée sur le relevage avant du tracteur, capable de préparer et semer sur le labour.

Le semoir conçu par Pascal Lavaleur est composé de deux parties de 2,40 m. Ces dernières peuvent coulisser de droite à gauche pour s’adapter à la voie du tracteur. © P. Peeters

Deux modules de 2,40 m

Son invention se compose d’une trémie et de deux modules de 2,40 m de largeur de travail. Ces derniers fonctionnent en alternance. « Lorsqu’un côté descend, l’autre se relève », précise le concepteur. Au centre de la machine, la trémie de 870 litres de capacité prend place. « Elle provient de chez Agrisem. Je voulais un modèle assez compact pour conserver le maximum de visibilité », explique-t-il. En effet, le gabarit de sa réalisation est assez impressionnant, surtout en po­sition frontale. « J’ai travaillé sur la forme du châssis pour qu’il soit profilé et qu’il limite le moins possible la visibilité sur l’avant. »

Malgré un gabarit impressionnant, la machine conserve un gabarit routier de 3 mètres. Quatre béquilles sont prévues au niveau du châssis pour remiser la machine repliée. © P. Peeters

Pour la partie travail du sol, les deux modules sont identiques. Ils sont composés d’une barre niveleuse, réglable en hauteur grâce à deux pas de vis. Elle est suivie de deux rangées de dents vibrantes et d’un rouleau-barre. La rampe de semis à disques est fixée directement derrière. Elle provient de chez Nordsten. « C’est une rampe de 6 m, munie de deux têtes de répartition. Je l’ai simplement modifiée pour avoir deux modules de 2,40 m. »

L’un des avantages du système, c’est la visibilité sur la rampe de semis. « On est finalement­ derrière la rampe, c’est encore le meilleur endroit pour voir son travail », constate le concepteur. © P. Peeters

Adapté pour une 6 corps

Si la découpe d’une partie des pièces a été sous-traitée, la soudure, l’assemblage ou encore l’hydraulique ont été faits maison. « J’ai mis environ trois mois à construire cet outil. Je suis parti sur une largeur de 2,40 m, car cela correspond à la largeur de travail d’une charrue de 6 corps en 16 pouces. »

Tout fonctionne avec un seul distributeur hydraulique. Il gère le dépliage et le repliage, puis la montée et la descente de chaque­ module. La soufflerie de la distribution est propulsée hydrauliquement par une ligne hydraulique reprise sur l’arrière du tracteur. La distribution est animée électriquement et fonctionne avec un radar. « J’ai réalisé un système de vannes trois voies avec un vérin électrique pour envoyer le flux de graine d’un côté ou de l’autre. Le changement­ se fait automatiquement avec le changement de côté », précise l’inventeur.

Des contrôleurs de descentes Dickey John ont été rajoutés sur toutes les descentes, au niveau de la tête de répartition. © P. Peeters

L’une des limites de sa réalisation, Pascal le concède, c’est peut-être la difficulté à travailler dans des terres lourdes. « Je ne l’ai testée que dans des terres faciles. L’une des solutions serait peut-être d’utiliser un rouleau supplémentaire directement sur la charrue, comme certains constructeurs le font aujourd’hui », ajoute Pascal.

Pierre Peeters