S’alléger l’astreinte en confiant l’alimentation à des robots n’est plus une utopie ou un luxe réservé aux plus grosses exploitations. En effet, 500 élevages français seraient déjà équipés d’un automate d’alimentation, selon Kuhn.

L’Exos s’occupe uniquement de la distribution de l’herbe. Pour le concentré et les fourrages secs, Lely propose son robot classique Vector. Les deux robots communiquent en permanence. © Lely

Pour les bovins mais aussi les brebis

Les pionnières dans ce domaine sont des solutions canadiennes, à l’image de Rovibec, qui proposent d’automatiser l’alimentation en faisant circuler la machine sur des rails suspendus. Plus récemment, des dispositifs filoguidés ont fait leur apparition, aussi bien chez les spécialistes du robot de traite (Lely, DeLaval…) que chez les constructeurs traditionnels de mélangeuses, tels que Jeulin. Cette robotisation ne concerne pas que l’élevage bovin puisque Altec a développé une solution pour les brebis.

Légère, l’Exos peut intervenir sur les parcelles plus tôt au printemps qu’une autochargeuse classique attelée à un tracteur. © Lely

Plébiscités pour le gain de temps qu’ils offrent aux éleveurs, ces systèmes sont aussi pénalisés par l’infrastructure et la logistique importantes qu’ils nécessitent. Mise en place de rail ou de plaques pour le filoguidage, construction d’une cuisine adaptée et mise en place d’une astreinte pour remplir cette dernière : les adaptations nécessaires sont nombreuses. Néanmoins, à la faveur du développement de certains capteurs, plusieurs solutions entièrement autonomes existent.

Kuhn se lance dans la mélangeuse totalement autonome avec l’Aura, qui fonctionne sans infrastructure particulière. © Kuhn

Schuitemaker en pionnier

Dès l’édition de 2014 d’Eurotier, le constructeur néerlandais Schuitemaker a dévoilé une mélangeuse automotrice autonome, l’Innovado. Équipée d’une fraise de désilage, elle se guide sur l’exploitation grâce au GPS. Elle ne nécessite aucune adaptation spécifique sur l’infrastructure. Sa capacité de mélange est de 6 m³ et elle est capable d’évoluer à 6 km/h sur ses trajets extérieurs.

La fraise de l’Aura est prolongée par un convoyeur de chargement. Les autres composants de la ration sont chargés avec des vis placées sur les silos de l’élevage. © Kuhn

Le chargement du bol mélangeur est assuré par un bras dont l’extrémité repose sur l’association d’une double scie hydraulique pour le chargement de l’ensilage et de la vis, qui centralise­ le fourrage pour l’amener dans le bol. Schuitemaker recommande trois distributions par jour, ainsi que trois passages pour repousser les refus. Les ventes de ce robot sont assez confidentielles et limitées pour le moment aux Pays-Bas et au nord-ouest de l’Allemagne­.

L’ensemble fraise-convoyeur s’est ici translaté latéralement sur la largeur de la machine pour assurer le désilage sans déplacement de la mélangeuse. © Kuhn

Une solution chez Kuhn

Mais le principe pourrait se populariser rapidement en France avec l’arrivée de l’Aura de Kuhn, dévoilé en septembre 2020. Ne parlez pas de robot, Kuhn préfère évoquer une mélangeuse autonome. Contrairement aux robots d’alimentation déjà présents sur le marché, Aura ne nécessite pas la mise en place d’une cuisine, ni d’une infrastructure spécifique dans la stabulation. Le chargement du fourrage s’effectue avec une fraise polyvalente, capable de transférer aussi bien l’ensilage que des fibres comme la paille et le foin. La mélangeuse Kuhn ne nécessite pas l’installation d’un guidage au sol. Elle dispose de deux solutions pour se déplacer dans l’exploitation. À l’extérieur des bâtiments, le guidage est réalisé par GPS avec une correction RTK sans abonnement, couplé à l’odométrie (repérage du déplacement par capteurs).

Schuitemaker a développé la première mélangeuse robotisée, l’Innovado. Le constructeur recommande trois distributions par jour, ainsi que trois passages pour repousser les refus. © Schuitemaker

À l’intérieur des bâtiments, la technologie Lidar offre une précision de déplacement centimétrique. L’odométrie complète là aussi le guidage. Ces solutions permettent de franchir des pentes jusqu’à 20 %. Du côté de la sécurité, en plus des radars, lasers et capteurs ultrasons, Aura est équipé de bordures sensibles autour de la machine afin de stopper son fonctionnement en cas d’obstacles. L’avantage de ce robot sans infrastructure est qu’il est possible de le revendre plus facilement et que son adoption demande un investissement moindre.

Le chargement du bol mélangeur de l’Innovado est assuré par un bras dont l’extrémité repose sur l’association d’une double scie hydraulique pour le chargement de l’ensilage et de la vis qui centralise le fourrage pour l’amener dans le bol. © Schuitmaker

Lely robotise l’autochargeuse­

Il faudra encore quelques années avant de pouvoir investir dans l’Exos de Lely, une autochargeuse robotisée. L’engin assure toute la chaîne de gestion de l’herbe depuis la fauche dans la parcelle et le chargement dans la remorque jusqu’à­ la distribution dans la stabulation. Son poids est limité afin d’entrer dans les parcelles dès le début du printemps et jusqu’à la fin de l’automne. L’engin se guide par GPS dans les champs et avec des ultrasons dans la stabulation. Des caméras permettent de détecter les obstacles. Pour le moment, l’Exos peut partir faucher à un kilomètre de l’exploitation­, lorsque la réglementation le permet.

Corinne Le Gall