La tempête Alex a soufflé violemment sur la Bretagne la nuit du 1er au 2 octobre. Rarissime par son intensité et sa précocité dans la saison, elle a dévasté de nombreux champs de maïs, en pleine période d’ensilage. Bruno Robert est à la tête d’une ETA à Rieux, dans le Morbihan. Cette année, il a attelé, sur une de ses deux ensileuses Jaguar, un bec à chaînes.

Le bec à chanes 6 rangs a été monté sur une Jaguar 860, tandis que la 890 récolte avec son bec rotatif 8 rangs habituel. C’est pourtant la plus petite machine qui a le meilleur débit de chantier dans les conditions les plus difficiles. © G. Baron

« Les becs rotatifs à toupies se sont imposés ces dernières années, explique l’entrepreneur. Ils offrent un meilleur débit de chantier, un hachage optimal, et n’obligent pas à suivre le rang avec la même précision que les becs à chaînes. » Mais dans des conditions aussi difficiles, les rotatifs laissent trop de matière au sol et bourrent trop facilement pour Bruno, qui n’a pas hésité à dépoussiérer et ressortir le vieux bec. « Cela faisait quatorze ans que je ne l’avais pas attelé, sourit l’entrepreneur. Et dire que j’ai failli le vendre cette année ! »

Dans les zones les plus touchées, l’attention à porter sur le bec est maximale. Florian doit tout de même rester attentif à sa goulotte d’éjection. © G. Baron

Redresser les pieds

L’atout principal que Bruno trouve à ce bec dans ces conditions est sa bonne capacité à relever le maïs. « Les diviseurs sont plus longs et leurs pointes sont mobiles verticalement, explique-t-il. Ils suivent mieux le terrain et redressent les pieds couchés. On laisse moins de longueur de tige au sol. »

Avec son salarié Florian Jehanno, âgé de 22 ans, ils pilotent chacun une ensileuse. Bruno est aux manettes de la Jaguar 890 avec un bec rotatif 8 rangs, tandis que Florian manœuvre la 860 équipée du bec cueilleur à chaînes 6 rangs en question.

Il est par endroit très compliqué de suivre les lignes de semis, les vents ont couché les maïs dans toutes les directions. Les longs diviseurs du bec à chaînes redressent les pieds de maïs et limitent les pertes et les bourrages. © G. Baron

« Je n’avais jamais fait de chantier avec ce type de matériel, précise le jeune chauffeur. C’est technique, mais c’est intéressant de découvrir et d’apprendre à s’en sortir dans des conditions difficiles. » La concentration au volant est maximale. Les vents ont tourbillonné et les plantes ne sont pas toujours couchées dans le même sens. Il faut scruter attentivement le bec pour aborder les plantes de la meilleure manière et repérer tout de suite un éventuel bourrage. « Avec les becs rotatifs, il faut surtout se concentrer sur la goulotte et la casquette d’éjection, explique Florian. Là, il faut garder un œil dessus, tout en scrutant attentivement l’avant de la machine. »

Malgré l’utilisation de ce bec, une partie importante des tiges ne peut être récoltée dans certaines zones, ce qui affecte les rendements. © G. Baron

Débit de chantier

Malgré son bec moins large, la 860 s’en sort mieux que la 890 dans les zones les plus touchées. « Elle bourre beaucoup moins », indique Bruno. Le débourrage est d’ailleurs plus facile que sur le bec rotatif, il suffit d’inverser le sens des chaînes et toute la matière ressort. Dans certains champs, seule la 860 peut travailler et la récolte n’est parfois possible que dans un seul sens. « Il faut alors toujours attaquer par le même côté et donc rouler les deux tiers du temps sur les chaumes, sans récolter, explique Florian. On n’avance beaucoup moins vite. » Bruno se rappellera de cette récolte d’ensilage 2020 tant elle est compliquée : « En temps normal, il faut compter environ 3 ha/h par machine. Dans les parcelles où le maïs est au sol, on oscille entre 0,5 et 1 ha/h­, c’est du jamais vu pour moi. »

Gildas Baron