«Je n’ai plus de problèmes pulmonaires sur les vaches l’hiver et l’ambiance dans le bâtiment s’est nettement améliorée l’été », constate Jean-François Monnerie, agriculteur à Torcé (Ille-et-Vilaine) sur une exploitation de 42 ha et 50 vaches laitières (référence 500 000 l). L’éleveur laitier a revu la ventilation de son bâtiment, il y a deux ans, à la suite d’un audit ventilation.

L’agriculteur a rehaussé sa toiture (80 cm de hauteur) sur 20 m de longueur et 7 m de largeur. © I. Lejas

Manque de flux d’air

Chaque hiver, il était embêté avec quatre à sept animaux atteints de pneumonies. À l’automne, certaines bêtes avaient le dos trempé par l’humidité. L’été, l’air y était « lourd ». Le bâtiment date de 1986. Jean-François l’a rallongé à son installation en 2012 en y accolant la stabulation pour les génisses. Au fil des années avec l’augmentation de la production laitière et du nombre d’animaux, des problèmes sanitaires sont apparus. « Malgré le passage du racleur huit à dix fois par jour, ça sentait l’ammoniac. Il y avait un souci de renouvellement d’air. » L’exploitant a fait faire des devis pour améliorer la ventilation (faîtière, dôme lumineux…), « des aménagements coûteux sans être sûr de résoudre le problème. » En discutant avec son conseiller Eilyps (organisme de conseil en élevage), il a découvert l’existence d’un audit ventilation, Breeder air.

Ainsi, durant une demi-journée, en mai 2020, la technicienne a recueilli des données à l’extérieur et à l’intérieur du bâtiment grâce à deux stations météo dans différentes zones (logette, aire d’exercice, parc d’attente, table d’affouragement…). Les capteurs sont reliés à des boîtiers qui enregistrent les mesures toutes les minutes.

Dans la stabulation des vaches laitières de 2 200 m², les résultats ont confirmé le manque de flux d’air. « Selon les zones, la vitesse d’air se situait entre 0,15 et 0,90 m/s alors qu’à cette époque, il est préconisé 2 m/s (< 1 m/s pour l’hiver) pour aider à lutter contre le stress thermique. La faîtière manquait de tirage », détaille Alice Elvinger, consultante chez Eilyps. Alors que le temps était sec, le jour des relevés, le taux d’humidité était déjà de 45 % dans le bâtiment contre 33 % à l’extérieur sans présence des vaches. Côté lumière, le bâtiment était dans les recommandations (100 lux).

La station météo à l’extérieur est composée d’un anémomètre (vitesse d’air, orientation du vent) et d’un thermo-hygromètre (température et humidité relative de l’air). Elle est mise à au moins 20 m de tout obstacle et sert de témoin par rapport à l’intérieur.

Mesures affinées grâce aux données

La stabulation des vaches est enclavée entre la salle de traite à l’ouest et celle des génisses à l’est. Il était donc difficile de faire des ouvertures latérales. « Nous avons préconisé de rehausser la toiture pour créer une entrée et une sortie d’air plus efficaces. L’objectif est de favoriser l’effet cheminée pour que l’air vicié ne reste pas au niveau des animaux », précise la consultante Eilyps.

L’éleveur a aussi ajouré la façade en bois (en hauteur) du côté des génisses.

Les travaux ont été réalisés en autocon­struction en juillet 2020 à un coût limité (1 800 € de marchandises). « Dès le premier été, j’ai remarqué le changement d’ambiance avec une diminution de la température. Aujourd’hui, les animaux sont beaucoup mieux répartis dans la stabulation. » Àprès une contre-visite, en hiver 2021, Jean-François a observé une meilleure ventilation. Le bâtiment a gagné en clarté. « C’est très agréable au printemps avec le soleil levant. J’ai passé deux hivers sans pneumonie. »

La station météo à l’intérieur est composée d’un anémomètre, d’un thermo-hygromètre, d’un luxmètre (luminosité), d’un capteur de gaz (CO2, NH3, particules fines), d’un thermomètre à globe noir (température ressentie) et d’une tablette tactile pour visualiser les données instantanément.

L’éleveur a fait ses calculs : « C’est 150 €/VL malade de frais en moins, sans compter la perte de lait et le temps passé. L’intérêt de l’audit a été de calculer précisément les hauteurs de rehaussement à mettre en place en fonction des quantités d’air nécessaires. Cela m’a conforté dans mon idée. » Dès qu’il le peut, à la belle saison, il ouvre les pignons pour améliorer le brassage d’air. L’audit a préconisé de mettre des écailles au niveau de la table d’affouragement. L’idéal serait aussi de mettre des filets brise-vent aux portes des pignons et à la façade des génisses mais ces aménagements restent coûteux.

Isabelle Lejas

L’avis de l’expert
« Améliorer la ventilation naturelle » Alice Elvinger, consultante en ventilation chez Eilyps

« Les problèmes de santé sur les animaux (mammite, pneumonie…) sont souvent les signes qui vont alerter l’éleveur sur des soucis de ventilation dans son bâtiment. L’observation de l’état de propreté de la charpente (noircie) peut aussi être un bon indicateur. L’audit va donner une vision globale de l’exploitation. La première étape est un état des lieux (bâtiment et extérieur) et un échange avec l’agriculteur sur ses pratiques pour bien cibler les problèmes rencontrés. Ensuite, nous poursuivons avec la phase de mesures, qui seront analysées avant restitution pour mettre en place un plan d’action avec des préconisations. La base est de toujours améliorer la ventilation naturelle avant de mettre une ventilation mécanique. Eilyps a réalisé plus de 200 audits bovins (lait, viande, veau) depuis son lancement, il y a deux ans et demi. »