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« Un château d’eau pour mes limousines »

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Puits filtrant - « Un château d’eau pour mes limousines »
« Grâce à la clôture du cours d’eau, les animaux ne dégradent plus les berges et boivent de l’eau propre », déclare Jean-Marie Vincent. © M.- F. Malterre

Jean-Marie Vincent a aménagé un puits filtrant dans une de ses zones humides pour gagner en indépendance vis-à-vis du réseau d’eau et limiter le temps à « rouler » de l’eau avec sa tonne en été.

«Depuis que j’ai construit un puits filtrant, je ne perds plus mon temps sur les routes en été à approvisionner les bacs à eau des vaches », se réjouit Jean-Marie Vincent. À la tête de 65 limousines à Arnac-la-Poste (Haute-Vienne), l’exploitant passait parfois trois heures par jour pour remplir les abreuvoirs de tous les lots avec sa tonne à eau au plus fort de la canicule.

« Cela faisait longtemps que je me disais que j’avais de l’eau à disposition au fond de mes prés », explique-t-il (1). Le ruisseau qui coule dans la parcelle ne tarit jamais. Même en 2020, il ne s’est pas asséché ! La zone qui l’entoure reste inaccessible avec des engins la plus grande partie de l’année. « Même à pied, il est possible de s’enliser, prévient Laurent Béchade, de la chambre d’agriculture. Pour évaluer avec précision le potentiel de la zone en eau, il est intéressant de faire appel à un sourcier. »

Besoin total : 2 100 m3 d’eau par an

Dans le cadre du diagnostic de l’exploitation financé par l’Agence de l’eau, Laurent Béchade a chiffré les besoins totaux de la ferme à 2 100 m3 d’eau par an, dont 684 m3 sont consommés dans le bâtiment. Le coût du transport de l’eau avant l’installation du puits était estimé à 2 418 € par an. Cette somme englobe la facture de l’eau du réseau, ainsi que la main-d’œuvre et le coût du matériel pour acheminer l’eau. Ces frais sont variables d’une exploitation à l’autre.

« Grâce au puits filtrant, je gagne en indépendance vis-à-vis du réseau. »

« Les trois quarts des fermes de Haute-Vienne sont concernées par le transport de l’eau », constate Emmanuelle Hetsch, responsable « eau et environnement » à la chambre d’agriculture. Pour un quart d’entre elles, la dépense dépasse même 2 000 € par an. Avec le prix de l’eau du réseau, qui fluctue de 1 € à 2,7 €/m3 en fonction des secteurs du département, et qui a tendance à augmenter, les raisons d’explorer les solutions pour gagner en autonomie sont nombreuses. « Le puits filtrant revient à aménager un château d’eau sur l’exploitation, ajoute Laurent Béchade. L’ouvrage est aussi une solution pour soulager le réseau qui est parfois au bord de la rupture en été. » En fonction du diagnostic de la ferme, d’autres solutions comme le forage peuvent être plus judicieuses.

Déclaration obligatoire

Quel que soit le choix de l’aménagement décidé et avant de se lancer dans les travaux, « le projet doit impérativement être déclaré aux services de la Direction départementale des territoires (DDT) », insiste Laurent Béchade.

Après accord de l’Administration, Jean-Marie a choisi de déléguer tous les travaux à une entreprise. Pour le puits, la sortie d’eau a été protégée par différentes couches de cailloux dans le fond d’un trou de 4 m. Des buses en béton d’1 m de diamètre ont ensuite été empilées par-dessus. La pompe solaire immergée dans le puits remonte l’eau vers les six points d’abreuvement et alimente 33 ha de l’exploitation. « Je n’ai quasiment plus besoin de transporter de l’eau en été », précise l’éleveur.

« Les travaux n’ont pas dénaturé la zone humide », souligne Emmanuelle Hetsch. Le ruisseau est même protégé. Les animaux n’y ont plus accès grâce à un système de clôture déportée. C’est un point positif pour ces derniers sur le plan sanitaire. Les piquets en PVC sont plantés au milieu du cours d’eau. Ils supportent des tiges sur lesquelles sont fixés les fils électrifiés parallèles aux berges. Ce système facilite ainsi le broyage sous les fils puisqu’il n’y a pas de piquets à cet endroit. Plusieurs passages busés sont installés pour circuler d’une parcelle à l’autre.

Le seul point faible du dispositif, c’est le positionnement du panneau solaire qui régit le fonctionnement de la pompe. « Le matin, celle-ci tarde à se mettre en marche car quelques carreaux du panneau restent à l’ombre », observe Jean-Marie. Des améliorations sont à l’étude, comme l’agrandissement du bac ou la taille de quelques branches.

M.-F. M.

(1) Le 13 octobre, devant son aménagement, lors du rallye abreuvement organisé par la chambre d’agriculture.

Un retour sur investissement rapide

Compte tenu du recours à une entreprise, le montant du chantier du puits filtrant de Jean-Marie Vincent avoisine 18 000 €. Il inclut la pose de bergater, les abreuvoirs, le puits, la pompe et les panneaux solaires. « Rapporté à l’hectare, l’investisse­ment s’élève à 54 €/an amortis sur dix ans, explique Laurent Béchade, de la chambre d’agriculture de Haute-Vienne. Certains réduisent la facture en réalisant eux-mêmes les travaux. » Si bien qu’au bout de quatre à cinq ans, le projet peut être amorti. La protection des berges a coûté 1 700 € (piquets, fils baguettes et isolateurs), le curage 1 500 € pour 920 m, et les passages busés 4 000 €. » Jean-Marie a toutefois bénéficié d’une aide de la Région dans le cadre de la substitution à l’abreuvement au cours d’eau (80 % de l’investissement).

Le contexte

Jean-Marie Vincent est à la tête de 65 limousines à Arnac-la-Poste, en Haute-Vienne. Il produit des broutards et des génisses grasses.

La surface de 80 ha se répartit en :

- 20 ha de méteil ;

- 6 ha de luzerne ;

- 64 ha de prairies.

Les parcelles sont assez bien regroupées autour des bâtiments.

Le puits, construit en 2020, alimente la moitié des prairies.

Le récap
Les points positifs
  • Gagner du temps sur le transport de l’eau.

  • Réduire la facture d’eau.

  • Offrir une eau de qualité aux animaux.

Les points négatifs
  • La pompe ne fonctionne que le jour, prévoir des réserves en lien avec la taille du lot.

33 hectares desservis par le puits filtrant

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Cet article est paru dans La France Agricole

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