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« Nous avons revu la ration de nos laitières en bio »

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Alimentation - « Nous avons revu la ration de nos laitières en bio »
Alain et Lydie Barbut ainsi que leur fils Pierre viennent de construire un nouveau bâtiment. Mieux ventilé et bien éclairé, il regroupe les vaches et les génisses sous un même toit. © F. Ehrhard

En améliorant la qualité de l’herbe et en introduisant des betteraves, le Gaec Les Rivières a regagné 800 litres de lait par vache.

«L’année 2020 nous a rassurés sur notre choix du bio. Après trois ans de tâtonnements, nous avons réussi à adapter notre système fourrager et à recaler la ration de nos brunes. La production est remontée de 6 500 à 7 300 l par vache. Et il nous est resté des fourrages alors que les années précédentes, nous avions dû en acheter », retrace Alain Barbut, un des associés du Gaec Les Rivières, à Chanac, en Lozère.

Plusieurs leviers

Avec sa femme Lydie et leur fils Pierre, ils élèvent 65 brunes sur 100 ha complétés par des parcours. L’assolement comprend aujourd’hui 24 ha de prairies permanentes, 60 ha de prairies temporaires, 14,5 ha de céréales et de méteils et 1,5 ha de betteraves. Remplacer l’ensilage de maïs, qui fournissait la base de la ration, n’a pas été facile. Afin de trouver un nouvel équilibre avec l’herbe, les agriculteurs ont joué sur plusieurs leviers. « En 2019, nous avons introduit la betterave, que j’avais étudiée au cours de ma formation », note Pierre. Cette culture irriguée est implantée en rotation avec des prairies. Les travaux sont effectués par une Cuma. La première année, le rendement brut a approché 40 t/ha. L’année suivante, il est monté à 70 t/ha, de quoi conforter les stocks. « Les betteraves apportent de l’énergie et améliorent la digestibilité de la ration. Nous avons tout de suite vu remonter la production de lait », apprécie le jeune éleveur. « Les vaches sont en meilleur état et reviennent plus facilement en chaleur », ajoute Lydie.

Des prairies plus riches

Les associés ont aussi développé les prairies multi-espèces. « Nous sursemons, par exemple, les luzernes avec un mélange d’avoine, vesce et pois qui évite l’installation d’adventices. Cela fait en même temps un binage, qui redonne de la vigueur à la luzerne. La première coupe est ainsi plus abondante », relève Alain.

Pour améliorer la nutrition de leurs prairies, ils apportent du soufre en complément du lisier et du fumier. Cet élément facilite la minéralisation de la matière organique et la rend disponible plus rapidement. « Nous avons aussi testé une application foliaire d’oligo-éléments et de vitamine C, qui semble augmenter le taux de sucre de l’herbe », indique Pierre. En 2020, leur ensilage de ray-grass-trèfle violet atteignait ainsi 15 ° Brix et celui de luzerne-dactyle 23 ° Brix, d’après les mesures réalisées par Florian Moulin, leur conseiller d’élevage de la chambre d’agriculture de Lozère.

De mars à septembre, les vaches pâturent sur 12 ha de prairies naturelles autour de la stabulation. « Nous avons constitué 30 paddocks sur lesquels elles ne restent pas plus d’une journée. Elles consomment ainsi uniquement de l’herbe jeune, qui soutient mieux la production de lait », remarque Lydie. Grâce à ce pâturage tournant dynamique, les prairies s’épuisent moins et leur flore se diversifie. Un grand abreuvoir est installé près de la sortie de la stabulation. « Les vaches reviennent y boire et passent en même temps au robot de traite. »

Quatre repas par jour

L’hiver, la ration est calculée pour une production de 24 l de lait par vache et par jour. Elle est composée de 5 kg de MS de foin de luzerne, 2 kg de méteil de céréales immatures, 2 kg de luzerne-avoine-vesce-pois et 5 kg de luzerne-trèfle violet ensilés, 1,5 kg d’avoine enrubannée, 1,5 kg de betteraves et 1 kg de maïs grain. « Nous la distribuons en quatre repas. Le premier et le troisième, constitués d’avoine enrubannée, préparent la panse et limitent les risques d’acidose. Le reste du mélange est distribué lors du deuxième et du quatrième repas », détaille Lydie.

Avec une ration plus efficace, la production a augmenté de 800 l par vache et le taux butyreux a grimpé de deux points. « Au Dac, en moyenne par vache et par jour, nous ne distribuons plus que 2,5 kg de nos céréales complétées par 700 g de tourteau de soja et 700 g de luzerne déshydratée », précise Alain. L’objectif est désormais de réduire le tourteau, qui revient en bio à 1 100 €/t pour du soja français non OGM. « Nous avons introduit la luzerne déshydratée dans l’alimentation des génisses afin qu’elles s’habituent à digérer ce fourrage concentré. Nous l’augmenterons ensuite dans la ration des laitières, avec l’objectif de rester à une production de 7 300 l sans avoir à acheter de tourteau. C’est notre prochain challenge ! »

Frédérique Ehrhard

Des betteraves gérées en Cuma

Le Gaec fait appel à la cuma Dei de l’Aveyron qui vient réaliser l’implantation, le binage et la récolte des betteraves pour un petit groupe d’éleveurs lozériens.

« Après avoir semé en 2019, nous avons planté en mini-mottes en 2020. Cela revient plus cher, mais les betteraves démarrent bien et prennent rapidement le pas sur les adventices. Un seul binage a suffi », note Lydie.

De plus, la plantation ne se fait qu’en mai, ce qui leur laisse le temps d’ensiler avant un mélange de ray-grass et de trèfle. La Cuma est équipée d’une bineuse dotée de caméras qui désherbe au plus près des betteraves. Le coût de la prestation, tout compris, est de 2 400 euros par hectare. « Le seul point délicat, c’est la rotation. Nous ne pourrons cultiver que 1 à 1,5 ha de betteraves chaque année si nous voulons éviter d’en réimplanter avant cinq ans dans la même parcelle », relève Pierre.

En chiffres

• 65 brunes à 7 300 l de lait par an ; TB : 40,4 g/l ; TP : 33,4 g/l.

• 1 680 kg de concentrés par vache et par an.

• Coût alimentaire : 148 €/1 000 l.

• 330 000 l livrés à Biolait au prix moyen de 457 €/1 000 l.

• 45 000 l transformés au prix moyen de 500 €/1 000 l (en 2019).

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Cet article est paru dans La France Agricole

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