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La docilité des bovins allaitants passée au crible

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Comportement des animaux - La docilité des bovins allaitants passée au crible
Lors du test, les bovins sont bloqués au cornadis 10 minutes après la distribution alimentaire. Louise Bacher (en photo) s’approche frontalement du veau qu’elle va noter, à partir d’une distance de 3 mètres. © DR

À la station de Lanaud, dans la Haute-Vienne, une expérimentation a été conduite afin d’évaluer le comportement des taureaux limousins.

Deux index permettent aujourd’hui de caractériser la docilité des reproducteurs en élevage allaitant (1) : l’un sur la réactivité des veaux à la pesée (REACsev) et l’autre sur leur comportement lors du pointage (COMPsev). « Le premier mesure les mouvements du veau à la bascule. Dans certains cas, son évaluation ralentit l’activité de pesée réalisée par les organismes Bovins Croissance, du fait du temps passé aux comptages », témoigne Julien Mante, responsable de l’équipe recherche et développement chez France Limousin Sélection.

Test d’évitement à l’auge

« Concernant l’index COMPsev, le test de routine peut présenter des risques, puisqu’aucune barrière physique ne sépare l’expérimentateur de l’animal », ajoute Louise Bacher, doctorante au centre Inrae de Clermont Auvergne Rhône-Alpes. Pour sa thèse sur l’évaluation fine des phénotypes comportementaux des bovins de race limousine, elle a exploré le potentiel d’un test comportemental alternatif, plus sécurisé. Il s’agit du test d’évitement à l’auge, mis en place dans le cadre de la méthode d’évaluation du bien-être animal Welfare Quality.

« Après avoir manifesté ma présence, pour éviter que des biais de soudaineté n’entrent en jeu, je m’approche de l’animal jusqu’à ce qu’il marque un signe de retrait ou accepte le contact », décrit Louise, qui teste de cette façon soixante-dix taureaux en l’espace d’une demi-heure. « Ce test est rapide, ajoute-t-elle. Il ne nécessite pas de manutention des animaux et permet à l’évaluateur de pointer en dehors de la stabulation. »

Les veaux calmes sont plus performants

Au total, 609 jeunes taureaux limousins âgés de 8 à 13 mois ont été suivis à la station de qualification de Lanaud, en Haute-Vienne, entre février 2019 et mai 2020. Afin d’étudier la cohérence dans le temps des réponses des animaux, l’expérience a été renouvelée deux fois, à un mois d’écart. « Les résultats mettent en lumière une corrélation avec le test d’évaluation du comportement des bovins en liberté (COMPsev), mais ils ne montrent aucun lien avec le pointage au moment de la pesée (REACsev), informe la doctorante. Dans tous les cas, cette approche a permis d’identifier les veaux acceptant aisément le contact. Ces derniers s’avèrent également être les plus lourds à 400 jours, confirmant le lien entre performances et réactivité à l’homme. »

Autre conclusion intéressante, les calculs de la variance génétique font ressortir une héritabilité de 0,4 à 0,6. « Ces travaux prometteurs méritent d’être précisés, avec la prise en compte d’un échantillon plus large », explique Louise. Par ailleurs, des interrogations persistent concernant les taureaux jugés « dangereux pour eux-mêmes ou pour l’homme », éliminés lors d’un test de docilité simplifié trois semaines après leur entrée à Lanaud. « Dans les travaux à venir, cette population dite “rebelle” mériterait d’être incluse, pour compléter l’étude du potentiel de ce test », souligne-t-elle.

Lucie Pouchard

(1) Lire également : « Sélectionner des reproducteurs bovins viande dociles », dans La France agricole du 04/05/2018, et « L’indexation Iboval intègre la docilité au sevrage », dans La France agricole du 13/05/2016.

Analyser les données de monitoring

Les colliers accéléromètres, qui équipent les veaux de la station, ont permis de confronter les données comportementales à celles enregistrées par les capteurs. « Nous avions émis l’hypothèse que la présence de l’homme dans l’environnement des bovins pouvait transparaître dans leur activité quotidienne, le temps passé debout ou couché, par exemple », explique Louise. Mais sur la base de données récupérées auprès de 500 veaux, aucune réponse n’a pu être établie. « Est-ce la fréquence d’enregistrement de l’outil, répétée toutes les cinq minutes, qui n’est pas adaptée ? », questionne la spécialiste, qui évoque comme autre piste le recours à un podomètre. « L’exploration de ces données ouvre un champ de perspectives et soulève notamment la pertinence d’analyser les perturbations provoquées plutôt que d’étudier le rythme stable des animaux. »

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Cet article est paru dans La France Agricole

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