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Couverts d’intercultures : « J’offre une ration gratuite à mes brebis »

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Alimentation - Couverts d’intercultures : « J’offre une ration gratuite à mes brebis »
« En 2020, la prolificité du lot de brebis en lutte qui a valorisé le couvert a bondi, pour atteindre 2,5 agneaux nés/brebis, alors que la moyenne s’établissait à 1,8 agneau », relate Vincent Morisseau. © M.-F. Malterre

La ferme de Filbois, en Seine-et-Marne, économise l’alimentation en bergerie de sa troupe ovine en valorisant les couverts d’intercultures.

Les brebis île-de-France de la ferme de Filbois, à Aufferville, en Seine-et-Marne, consomment depuis deux ans les intercultures à la fin de l’automne. « Ainsi, j’économise une ration en bergerie », souligne Vincent Morisseau, à la tête de 240 ha de grandes cultures et d’une troupe ovine avec son frère Pierre et sa mère Marie-Claude.

La première année (2019), un lot de 80 brebis a pâturé le couvert en novembre, le temps de la lutte. Les résultats ont été spectaculaires au moment de la mise bas. « La prolificité avait bondi pour atteindre 2,5 agneaux nés par brebis, alors que la moyenne du troupeau les années précédentes s’établissait à 1,8 agneau », relate l’éleveur. Le couvert dense et riche a joué un rôle de flushing.

Faible coût d’implantation

« J’utilise de la semence de ferme de féverole et de colza, ajoute-t-il. Ma priorité est de préparer le terrain pour la culture suivante à moindre coût. Ainsi, le semis de la féverole (70 kg/ha) est effectué avec le semoir à engrais avant le déchaumage. Je trie la semence au tamis pour éviter de disséminer des adventices. Le colza (2 kg/ha) est épandu lors du passage du déchaumeur équipé du semoir à petites graines. En 2019, la pluviométrie avait été favorable au développement du couvert. En novembre, les plantes mesuraient plus d’un mètre à certains endroits, mais les animaux les ont bien valorisés. (Lire La France Agricole du 12 janvier 2018).

Pâturage des brebis en 2019, alors que les conditions météo avaient été favorables au développement des plantes. La production reste variable selon les années. © M.-F. Malterre

En 2020, en revanche, la production était plus modeste. La pousse avait été plus tardive à cause de la sécheresse et de la canicule. Les brebis ont tout de même valorisé ce fourrage sur pied en fin d’année 2020 alors qu’elles étaient déjà gestantes. « L’impact sur les animaux est toujours positif, observe l’agriculteur. En bergerie, des rations, pourtant bien réfléchies, n’ont pas autant d’effet sur la prise d’état des animaux que ce mélange sur pied. » À noter qu’aucun problème particulier de boiterie ou de parasitisme n’a été constaté à l’issue des deux ans.

Une production variable

Compte tenu du volume de fourrages produit aléatoire d’une année sur l’autre, l’exploitant le considère comme une opportunité. « Il est très compliqué de parvenir à semer suffisamment tôt. Je réfléchis à un système pour épandre les graines de féverole et de colza avant la récolte de la céréale pour qu’elles puissent bénéficier de la fraîcheur encore présente au pied des plantes. Après la moisson, le soleil grille le sol, ce qui pénalise la levée du couvert dans la foulée. Je n’ai pas encore trouvé de solution satisfaisante car il ne faut pas nuire au rendement de la culture en place. »

Aujourd’hui, la surface potentielle d’intercultures avoisine 200 ha. « Si la météo est au rendez-vous, je pourrais économiser un tiers, voire la moitié de la ration en bergerie(25 000 €) , évalue Vincent. Celle-ci comprend de la pulpe de betteraves surpressées, de la luzerne, de la paille et des céréales. Cela peut représenter une économie considérable. »

Des clôtures vite posées

Des améliorations se mettent en place petit à petit. En 2020, l’exploitant a déjà perfectionné le système de mise en place des clôtures. « J’ai acheté un quad et un mécanisme de pose rapide des piquets et des fils qui se “clipse” facilement sur l’engin », indique-t-il. L’optimisation du temps de travail est une priorité pour les associés­. Le quad trouve une utilité sur l’exploitation aussi bien pour visiter les parcelles, surveiller le troupeau ou épandre un antilimace sur les cultures.

« Même dans le contexte de valorisation des couverts, chaque brebis garde une place dans la bergerie », déclare l’éleveur. Là aussi, le travail lié à l’alimentation est limité. Grâce à l’achat d’une mélangeuse, la distribution de la ration à la troupe entière ne prend qu’une heure par jour en moyenne.

Concernant la valorisation des intercultures, les associés évoquent un point négatif avec le flux des voitures circulant près des parcelles. « Je redoute, notamment, le passage d’un chien de chasse qui pousserait les moutons vers cet axe, détaille Vincent. J’étudie la possibilité d’équiper quelques brebis d’un collier GPS relié à mon portable pour m’avertir d’une éventuelle fuite. »

M.-F. M.

L’impact du pâturage à l’étude

Le pâturage à la ferme de Filbois est suivi dans le cadre du programme de recherche Poscif (pâturage ovin en système céréalier en Île-de-France), piloté par l’association Agrof’île et financé par l’Ademe. « Il reste encore un an d’étude, déclare Valentin Verret, d’Agrof’île. Globalement nous n’avons pas observé d’effets négatifs sur les cultures. Aujourd’hui, j’ai de nombreux candidats céréaliers pour le pâturage de leurs intercultures, mais il n’y a pas suffisamment de bergers. D’autres essais sur le pâturage des céréales au stade tallage en fin d’hiver sont en cours. » Vincent Morisseau ne souhaite toutefois pas recourir à cette pratique. « C’est une technique pour laquelle nous avons pu identifier les facteurs liés à la réussite ou à l’échec, poursuit Valentin Verret. En 2020, le pâturage d’un blé bio dans les conditions optimales a enregistré un rendement supérieur de 9 % par rapport à celui qui n’avait pas été pâturé. »

En chiffres

• 3 associés.

• 240 ha de cultures (blé, orge, betteraves..), dont

200 ha potentiels d’intercultures.

• 400 brebis île-de-France conduites en un agnelage par an (trois périodes).

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Cet article est paru dans La France Agricole

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