À la fin de 2018, Justin Coqueron a mis en place un atelier porcin bio naisseur en filière avec Unébio. « Nous sommes en périphérie de Nancy. Il est difficile de racheter du terrain, et il fallait pouvoir dégager un revenu supplémentaire, confie l’éleveur de 29 ans. La production porcine et l’élevage laitier se complètent : les vaches valorisent les prairies, les porcs les céréales. » La ferme familiale de 125 ha est située à Cerville, en Meurthe-et-Moselle : 40 ha sont en céréales, le reste en prairies. Le troupeau laitier compte 60 têtes. Le Gaec de la Perche a trois associés : Justin et ses parents. Son frère est salarié de l’exploitation.

1 000 porcelets par an

Afin de lancer sa production, Justin a construit deux bâtiments. Le premier, pour les gestantes, offre une surface de 400 m2. Il est ouvert sur trois côtés. Le second, de 600 m2, est fermé. Il est destiné aux truies ayant mis bas et à leurs petits. Chaque mère dispose de 10 m2 sur aire paillée à l’intérieur et d’un enclos extérieur de 7,5 m2, soit presque le double de la réglementation.

L’éleveur a démarré avec 50 truies largewhite × landrace, achetées dans l’ouest de la France faute d’élevages multiplicateurs dans l’Est. « J’ai choisi une génétique classique, davantage productrice de lait, précise-t-il. Elle est également plus adaptée aux filières longues, par rapport à une race rustique plutôt typée vente directe. J’obtiens 18 à 20 porcelets par truie, résultat similaire à du conventionnel. En sélectionnant les femelles, je compte descendre à 14 ou 15 porcelets, proche du standard en bio. En diminuant les portées, je souhaite augmenter leur poids à la naissance et améliorer le nombre de petits sevrés par truie. »

Les gestantes reçoivent chaque jour 3 à 3,5 kg d’une ration composée de 50 % d’orge, 15 % de féverole, 15 % d’avoine, 11 % de triticale, 4 % de pois, 3,5 % de minéraux et 1 % de tourteau de soja. Seuls le soja et les minéraux ne sont pas produits sur l’exploitation. La ration des truies allaitantes démarre à 2,5 kg par jour, pour finir à 10 kg, voire presque à volonté. « Un porcelet consomme jusqu’à 1 litre de lait par jour. Il faut que l’alimentation des mères suive », souligne Justin. Elle se compose de 30 % de triticale, 30 % d’orge, 17 % de tourteau de soja, 8 % de féverole, 6 % d’avoine, 5 % de pois, 4 % de minéraux.

En maternité, la surveillance des porcelets est essentielle les premiers jours après la mise bas. « Les truies sont en liberté dans les cases, les petits recherchent la chaleur, et bien qu’il y ait des lampes chauffantes, ils peuvent être vite écrasés », ajoute l’éleveur.

Les porcelets partent, toutes les six semaines, à 42 jours, pour un poids moyen de 11,5 kg. Via Unébio, ils sont commercialisés auprès d’un engraisseur en Haute-Marne. La production est d’environ 1 000 animaux par an. Dans les prochains mois, Justin va développer une partie engraissement. L’objectif est d’alimenter un magasin de producteurs en porcs charcutiers. « Je produirai entre 100 et 150 animaux par an pour ce débouché, précise-t-il. Cela me permettra aussi de valoriser mes truies de réforme. »

Dominique Péronne

L’Experte
« Les débouchés ne manquent pas » Marion Coste, chargée du développement de la filière bio Nord-Est chez Unébio

« Chez Unébio, nous faisons abattre 100 porcs par mois à l’abattoir Socopa de Holtzheim, en Alsace, par le biais d’un contrat avec Auchan. Notre objectif est de monter à 200 animaux. Nous recherchons donc des éleveurs avec des projets naisseurs-engraisseurs et des ateliers de 30 à 40 truies minimum pour répondre à la demande. Le Grand-Est est historiquement déficitaire en cette filière. Notre charte de production prévoit une autonomie alimentaire d’au moins 40 %, pas de caillebotis, une taille d’élevage limitée et le respect du bien-être animal. Les porteurs de projets se heurtent parfois à la difficulté d’obtenir un financement, faute de références régionales. »