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« Je conduis trois troupeaux d’herbivores en extensif »

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Pâturage - « Je conduis trois troupeaux d’herbivores en extensif »
Avec ses gasconnes, Éric Bertrand obtient régulièrement un veau par vache et par an. © Frédérique Ehrhard.

Éric Bertrand a choisi des races rustiques de vaches, de brebis et de chevaux pour valoriser toutes ses pâtures.

«Sur 178 ha, j’élève 40 vaches gasconnes des Pyrénées, 60 brebis tarasconnaises et 6 juments de mérens avec leurs suites. Mon chargement n’est que de 0,40 UGB/ha. Cela me laisse une marge de sécurité pour les années sèches. En jouant sur la complémentarité entre ces trois troupeaux, j’arrive à bien utiliser toutes les pâtures », explique Éric Bertrand, éleveur à Mirepoix, dans l’Ariège.

Marge de sécurité en cas de sécheresse

Au printemps, les gasconnes sortent tôt dans les prairies les plus précoces, dès la fin février si la météo s’y prête. « Grâce à ce déprimage, je décale la pousse de l’herbe, que ce soit pour le pâturage ou la fauche », note-t-il. Les premières prairies sont enrubannées et les suivantes en foin. Ces stocks sont destinés avant tout aux bovins, qui restent en stabulation de décembre jusqu’à fin février ou début mars. Les brebis et les chevaux, quant à eux, pâturent toute l’année. « Je leur distribue juste un peu de foin l’hiver. »

Les poulains sont élevés à l’herbe durant trois ans avant d’être débourrés puis vendus pour la monte. © Frédérique Ehrhard

Peu de parasitisme

Les chevaux passent derrière les vaches dans les prés situés en fond de vallée et consomment les refus. « Ils tondent l’herbe plus ras. Je veille à ce qu’ils ne raclent pas trop afin de préserver la repousse », précise-t-il. Les chevaux ayant des parasites différents de ceux des bovins, cela coupe leur cycle. Les brebis, elles, pâturent sur des sols drainants en haut des coteaux. « Je limite ainsi la pression parasitaire­ et évite les traitements. »

Durant l’été, les chevaux montent en estive. Les deux autres troupeaux restent à la ferme. « Lorsqu’il fait sec, les brebis trouvent de l’herbe dans les parcours boisés », indique Éric. Pour les vaches, il gère la rotation dans les parcs en veillant à conserver de l’herbe sur pied jusqu’à l’automne. « J’anticipe pour éviter les stress alimentaires et avoir des bêtes en état avant les mises bas. »

Accouplements raisonnés

Les vêlages sont groupés entre fin novembre et mi-février. Éric associe insémination et monte naturelle. « J’ai un taureau porteur du gène culard et un autre non porteur. Je fais génotyper toutes les femelles sur ce critère et je raisonne les accouplements afin de préserver la facilité de naissance tout en optimisant le poids et la conformation. » Pour les retours en chaleur, il utilise un taureau blond. « Je ne garde pas de génisses d’une mère qui se décale », précise­ l’éleveur.

Passionné de génétique, il choisit ses taureaux à la station du Groupe gascon. « J’achète aussi de temps en temps une ou deux vaches à de bons éleveurs pour améliorer plus vite le niveau du troupeau. » Il vend quelques mâles reproducteurs de 8 à 10 mois en ferme, à un prix moyen de 1 200 € par tête. En 2020, il a aussi vendu deux mâles testés en station à 2 800 € et 3 400 €. Les autres partent entre 6 et 8 mois en broutards à 700 €, et les femelles comme reproductrices entre 12 et 14 mois à 850 €.

Éric obtient régulièrement un veau par vache et par an. Lorsqu’une vache a des jumeaux, il en fait adopter un par une montbéliarde. « J’en élève deux ou trois dans ce but. J’obtiens ainsi de bons veaux que je valorise en caissettes autour de 1 000 € par tête au lieu de les brader à quinze jours à 150 €. »

Des brebis en croisement

Les brebis sont saillies par des béliers montagne noire qui apportent de la conformation. « Je paye l’achat des agnelles de renouvellement en vendant des brebis de cinq ans avec un ou deux agneaux », souligne Éric. Les deux ou trois brebis qu’il doit réformer pour des problèmes de pis ou de pied sont commercialisées en vente directe après transformation en merguez.

Une partie du troupeau met bas en septembre et en octobre, l’autre de mi-février à mi-avril. Éric soutient la lactation des brebis avec de l’orge. Les agneaux d’automne sont finis en bergerie et ceux du printemps à l’herbe. La plupart sont commercialisés à 35 kg vifs, à un prix moyen de 120 € par tête. Quelques-uns partent en caissettes à 13 €/kg.

De leur côté, les poulains sont élevés durant trois ans à l’herbe avant d’être vendus débourrés entre 3 500  € et 4 000 € par tête. « C’est du travail. Mais chaque jument me rapporte autant que deux vaches », estime-t-il.

L’EBE de l’exploitation atteint 35 000 €. Éric est épaulé par son frère pour la mécanique, et sa femme pour la vente directe et le débourrage des chevaux. « Avec trois troupeaux, il y a plus de travail, reconnaît-il. Mais c’est intéressant d’élever des espèces différentes ! »

Frédérique Ehrhard

En chiffres

• Vaches gasconnes : IVV 386 jours.

Poids moyen des veaux à 210 jours : 283 kg pour les mâles et 245 kg pour les femelles.

• Brebis tarasconnaises : 80 agneaux vendus pour 60 brebis. Carcasses : de 16 à 19 kg.

• Juments de mérens : un poulain par an.

Autonomie fourragère

L’assolement comprend 3 ha d’orge, 10 ha de dactyle et trèfle blanc, 80 ha de prairies naturelles et 85 ha de parcours. « En coteau, le sol n’est pas facile à cultiver. Je mise sur les prairies naturelles, dont la flore contient beaucoup de légumineuses », note Éric Bertrand. Très autonome, son système est aussi économe, car il achète seulement de la paille et du sel. « Avec une flore diversifiée, il y a assez de minéraux dans les fourrages. » Il prend soin de ses prairies en apportant du fumier, en les hersant et en broyant les refus. Il lui arrive parfois de vendre un peu de foin en excédent. « Je pourrais élever plus de bêtes, mais je préfère garder de la marge en cas d’aléas climatiques. »

Votre analyse du marché - Bovins de Boucherie

Léger recul de la demande

Dans le domaine des allaitantes de haute qualité bouchère, les flux commerciaux restent réguliers, grâce à une bonne adéquation entre l’offre et la demande. Les tarifs sont stables sur la plupart des marchés, malgré la tenue des concours d’animaux de boucherie. En réformes laitières, l’activité commerciale reste assez fluide, même si les industriels sont moins actifs dans leurs commandes tenant compte des promotions de porc, des foires aux vins et du budget serré des ménages sur cette fin de mois de septembre.
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Cet article est paru dans La France Agricole

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