Selon l’Institut de l’élevage (Idele), « une vache laitière plus efficiente qu’une autre mange moins pour produire la même quantité et qualité de lait tout en maintenant l’ensemble de ses fonctions physiologiques. » Partant de l’hypothèse que la surconsommation de ration pénalise l’efficience alimentaire (EA), les experts impliqués dans le projet Deffilait ont testé la pertinence d’une « restriction de précision » pour déjouer cela. Les résultats ont été présentés aux 3R (1) 2020. Dans le protocole déployé à la station Inrae de Méjusseaume (Ille-et-Vilaine), l’EA est suivie par l’indicateur RFI (2), correspondant à la différence entre la consommation individuelle observée et celle attendue. Cette dernière est calculée à partir des performances de l’animal, via les équations du système alimentaire Inra.

Phase de restriction

Les 68 prim’holsteins de l’essai ont vêlé à l’automne 2016. Jusqu’en mars 2017, elles ont bénéficié d’une alimentation à volonté sur une ration composée de 64,5 % d’ensilage de maïs et de 35,5 % de concentrés. « À besoins équivalents, des vaches mangent effectivement plus que d’autres », relate Amélie Fischer, de l’Idele. Les scientifiques ont donc souhaité restreindre toutes les vaches au niveau d’ingestion des six vaches les plus efficientes, toujours à besoins équivalents. Cette phase de restriction, allant jusqu’à 5 kg de MS/jour pour certaines vaches, a été appliquée sur le dernier tiers de la lactation.

Pas d’impact sur le lait

Le résultat est sans appel. « L’écart de RFI entre l’animal le plus et le moins efficient a été divisé par 1,3, relève l’experte. L’EA des vaches initialement identifiées comme moins efficientes a sensiblement progressé. »

En parallèle, la production laitière de ces vaches a baissé, mais pas davantage que celle des vaches les plus efficientes, pour qui le niveau d’ingestion n’a pas, ou peu, été freiné. « La baisse de production observée est seulement liée au stade de lactation, indique Amélie Fischer. Les performances n’étant pas dégradées, la restriction alimentaire individualisée a bel et bien permis d’améliorer la valorisation de la ration, et donc l’EA, des laitières. » Selon la spécialiste, « la digestibilité, liée au temps de séjour de la ration ingérée dans le rumen, est sans doute le mécanisme qui pilote l’efficience. »

Bien qu’efficace, cette restriction alimentaire reste difficile à déployer dans les élevages (lire l’encadré ci-dessous). Les espoirs se tournent donc vers les leviers disponibles à l’échelle du troupeau, et vers la sélection génétique/génomique. « L’héritabilité de l’EA est moyenne, ce qui signifie que nous avons besoin d’une population de référence importante pour sortir un index robuste : au moins 10 000 vaches pour lesquelles l’efficience est connue », note Amélie Fischer.

A. Courty

(1) Rencontre autour des recherches sur les ruminants. (2) « Residual Feed Intake » ou « ingéré consommé ».

L’experte
« Raisonner à l’échelle du troupeau » Amélie Fischer, de l’Idele

« Pour l’heure, cette restriction de la ration ne peut être déployée dans les élevages. Nous avons des pistes pour estimer l’efficience des vaches en routine, via le volume d’abdomen ou la température du rumen, mais rien de concluant pour le moment. De plus, cette restriction nécessite le suivi et la maîtrise de la consommation individuelle de la ration totale. Des études restent à faire pour savoir si des résultats similaires seraient obtenus en appliquant la restriction sur une partie de la ration seulement. Le meilleur moyen d’améliorer l’efficience en élevage reste de raisonner à l’échelle du troupeau. Les principaux leviers sont la réduction de l’âge au premier vêlage, des pertes d’animaux (mortalité, longévité) et d’aliments (récolte, stockage). »