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Fourrages : la quantité n’exclut pas le contrôle de la qualité

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Production fourragère - Fourrages : la quantité n’exclut pas le contrôle de la qualité
Si l’enrubannage doit être consommé dans l’année, des reports peuvent être envisagés pour le foin. © Christian Watier

Avec des stocks fourragers importants mais récoltés dans des conditions souvent difficiles, la vigilance est de mise pour éviter un déséquilibre des rations hivernales et des problèmes de santé sur les animaux.

Deux constats réconfortants à la mi-octobre : les bovins pâturent encore, même en zone de montagne où l’estivage se prolonge, et les granges sont pleines. Un fait aussi rare que soulageant pour les éleveurs. Stéphane Violleau, conseiller fourrages à la chambre départementale du Puy-de-Dôme, confirme que « les stocks sont reconstitués avec des excédents par rapport aux besoins. Des reports vont ainsi pouvoir se faire pour l’année suivante, en particulier pour l’ensilage et le foin. L’enrubannage devra, quant à lui, être consommé dans l’année. Mais nous conseillons aux éleveurs de bien vérifier la qualité de leurs fourrages car de nombreuses récoltes ont été tardives avec des fenêtres de temps sec très courtes pour assurer un séchage correct ».

Compenser les déficits

Si les fauches précoces de mai et début juin affichent du rendement et une bonne qualité protéique, les foins effectués tardivement fin juillet sont abondants mais d’une qualité médiocre, voire mauvaise. « Les deuxièmes coupes réalisées derrière les fauches précoces sont excellentes tandis que les regains plus tardifs pêchent eux aussi sur la qualité. L’arrière-saison a été favorable à la pousse de l’herbe : des troisièmes coupes ont été exécutées en septembre, ce qui est rare dans notre département », observe Stéphane Violleau.

Pour Jean Zapata, conseiller fourrages à l’EDE du Puy-de-Dôme : « Les récoltes faites tardivement accusent un déficit en matières azotées, une plus faible digestibilité et une moindre valeur UF. Pour compenser ces déficits dans les systèmes tout herbe, les solutions peuvent être de complémenter en céréales ou de mélanger du foin de première coupe avec des foins de deuxième et troisième coupe de meilleure qualité. »

Anne-Catherine Bernard, docteur vétérinaire rural à Cusset (Allier) et intervenante indépendante au GDS (groupement de défense sanitaire) du Puy-de-Dôme, insiste également sur la nécessité de faire analyser les fourrages effectués cet été pour pallier le déficit de qualité des récoltes tardives. « Un ensilage réalisé fin mai affiche 8 % de pro­téi­nes au lieu de 10 à 12 %. Un foin tardif perd en digestibilité. Devoir complémenter ses animaux alors que le prix du concentré augmente n’est pas une bonne nouvelle, mais l’impact sur la santé des veaux serait encore plus lourd du fait notamment d’un colostrum maternel de moindre qualité. »

La praticienne pointe également les teneurs en calcium mesurées à 75 % d’une valeur normale. Un CMV (complément minéral vitaminé) prévient une décalcification osseuse pouvant provoquer des fractures spontanées et nuire à la longévité des animaux. « Un foin mal conservé car insuffisamment sec est une catastrophe pour l’éleveur avec des risques de « poumon de fermier ». Il provoque des diarrhées de même que des risques de renversements de matrice. Du foin mal conservé est à proscrire autour du vêlage. Les éleveurs suisses jettent ce type de foin en estimant qu’ils perdent moins de lait à ne pas le donner. »

La paille a également souffert des mauvaises conditions météo de l’été. « Une paille un peu moisie altère les conditions d’ambiance et induit des problèmes aux cordons ombilicaux, des diarrhées et des boiteries. »

Pour le maïs ensilage, l’attention devra porter sur la présence éventuelle de mycotoxines susceptibles de provoquer une baisse de la production et une diminution de la fertilité des vaches.

Monique Roque-Marmeys

Premières analyses

« Les premiers résultats de 164 analyses de foin tardif de prairies permanentes témoignent d’une balance protéique très faible (- 27). On relève 9 % de matières azotées totales (MAT), 69 g/kg de MS de PDI et 0,66 UF. La digestibilité est de 47 %, avec 534 g/kg de MS de NDF », indique Jean Zapata, de l’EDE (établissement départemental de l’élevage) du Puy-de-Dôme. Sur 154 analyses d’enrubannage, il ressort une valeur énergétique de 0,8 UF/kg de MS, et 588 g/kg de NDF s’agissant des fibres. La balance protéique est de - 17, avec 17 % de MAT et 72 g/kg de PDI. « Ces ratios induisent la nécessité d’une complémentation », prévient le conseiller fourrages.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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