«Respecter une hauteur de fauche d’au moins 8 cm lors des coupes de foin est primordial pour protéger les plantes du rayonnement solaire », explique Fabien Bouchet-Lannat, de la chambre d’agriculture du Lot. Ces dernières années, il constate que les plantes coupées trop rases en fin de printemps ont du mal à résister aux températures estivales qui atteignent parfois plus de 60 °C.

Dans le but de démontrer l’importance de la hauteur du couvert en fin de printemps, juste avant d’affronter la chaleur de l’été, le conseiller a conduit une expérience­ au cours de l’été 2020 en enfouissant trois thermomètres à 2 cm dans le sol d’une prairie.

L’équivalent d’un poêle à bois tous les m²

Les appareils (1) ont relevé les températures du 9 juillet au 28 août 2020. L’un était placé sous un couvert ras, le deuxième avait 8 cm de hauteur d’herbe au-dessus de lui (en plus de 2 cm de terre), tandis que pour le troisième, l’herbe n’avait pas été coupée, elle mesurait une vingtaine de centimètres. « Les résultats ont montré que les températures sont corrélées au rayonnement », signale Fabien Bouchet-Lannat. Lorsqu’il n’y a pas d’ombre sur le sol, la température dépasse 60 °C quand le rayonnement est à son maximum. « Celui-ci atteint 8 kWh/m2, ajoute-t-il. C’est l’équivalent d’un poêle à bois installé tous les m2 ! »

Sous 8 cm d’herbe encore verte, l’ombrage parvient à limiter la température à 50 °C. En se desséchant à partir du 20 juillet, l’effet de l’ombrage diminue et la différence de température se réduit. « Le rayonnement baisse naturellement à partir de la fin du mois de juillet en raison de l’inclinaison plus marquée de la terre par rapport au soleil », indique, par ailleurs, le conseiller.

Un écart de température de 15 °C

Quand l’herbe n’a pas été exploitée, l’effet de l’ombre limite la température à 45 °C lors des jours les plus chauds, soit 15 °C de moins que lorsque le sol est nu.

« Ces dernières années, de plus en plus de prairies ne résistent pas aux conditions estivales, observe Fabien Bouchet-Lannat. Le nombre de parcelles qu’il faut retourner est de plus en plus important. Cela impacte fortement les comptes de l’exploitation. En dehors du prix que cela implique, au moins 500 €/ha pour implanter une nouvelle prairie, le retour à la productivité du nouveau couvert est long. »

Marie-France Malterre

(1) Les appareils sont étanches et mesurent des températures de –70°C à +100°C. Ils sont habituellement utilisés pour contrôler les chaînes du froid. Ils ont été programmés pour relever la température toutes les quinze minutes.

Le témoin
« Surveiller de près la hauteur du pâturage » André Delpech, à la tête de 1 500 brebis causses du Lot, à Cabrerets (Lot), avec son épouse Agnès et son frère Francis

« Afin d’éviter de couper trop ras lors des fauches de juin, le réglage de la faucheuse est facile, encore faut-il ne pas l’oublier. Pour le pâturage, la surveillance matin et soir est primordiale. Le pâturage dynamique, que nous pratiquons depuis une vingtaine d’années, favorise une hauteur homogène du couvert. La mise en place du fil arrière évite que les brebis ne reviennent sur leur pas pour surpâturer. Lorsqu’une grande surface est offerte à un petit nombre d’animaux, il n’y a pas de régularité. »