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Ajuster la ration des vaches taries grâce au pH urinaire

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Alimentation - Ajuster la ration des vaches taries grâce au pH urinaire
Clément Plessis (à droite), accompagné de Dominique Landais, consultant en nutrition et robot chez Seenoia. © A. Courty/GFA

Clément Plessis, éleveur laitier en Mayenne, a revu la minéralisation et l’apport en concentré protéique de ses vaches taries afin d’améliorer les conditions de vêlage et la qualité colostrale des mères.

En 2020, l’alimentation des vaches taries de Clément Plessis, éleveur à Oisseau, en Mayenne, était calquée sur celle des vaches en production. Seules les quantités distribuées et la minéralisation variaient. Sur une base de pâturage, les taries recevaient environ 10 kg bruts d’ensilage de maïs plante entière, du foin à volonté, 1,2 kg de tourteau de soja, 500 g de concentré énergétique (VL) et 150 g d’un minéral spécial vaches taries. Les vaches en préparation au vêlage disposaient d’un supplément de 40 g de chlorure de magnésium.

9,6 UFL et 960 g de PDI

« La ration était d’apparence calée, équilibrée en énergie et en protéines », explique l’agriculteur. Les valeurs alimentaires calculées affichaient 9,6 UFL et 960 g de PDI (protéines digestibles dans l’intestin grêle). Pourtant, certains problèmes persistaient autour des périodes de vêlage. « Nous avons dû faire face à quelques œdèmes mammaires en fin de tarissement et la qualité colostrale n’était pas au rendez-vous : environ 22 Brix au réfractomètre. » S’ensuivaient une perte de tonicité des veaux et la survenue de diarrhées dans la nurserie.

L’éleveur a donc fait appel à son technicien, en mars 2021, pour débusquer la source du problème. Dominique Landais, consultant nutrition et robot chez Seenovia, a contrôlé le pH urinaire des vaches en prépa-vêlage. « Une miction appliquée entre la vulve et le haut de la mamelle provoque l’envie d’uriner », indique ce dernier. Une méthode efficace mais pas infaillible, notamment si la vache est stressée. « Il vaut mieux éviter de mettre quelqu’un dans le champ de vision de l’animal. » Une fois collectée, l’urine est mise en contact avec une bandelette papier de test pH ou un pH-mètre.

« L’acidification sanguine n’était pas suffisante pour initier la mobilisation du calcium corporel. »

Le pH relevé était alors de 8,4. Le pH urinaire étant corrélé au pH sanguin, « cela montre que l’acidification du sang n’était pas suffisante pour initier la mobilisation du calcium corporel à l’approche du vêlage », interprète Dominique Landais. Un fait inquiétant, car les besoins en calcium sanguin explosent lors de la synthèse colostrale et en début de lactation.

Passer à un BACA négatif

Il a été décidé de passer d’un bilan alimentaire cation-anion (BACA) positif à un BACA négatif. « Sur une stratégie traditionnelle à BACA positif, on initie la mobilisation du calcium corporel via un léger déficit nutritionnel en calcium. Le résultat escompté n’était pas là chez Clément. Sur une stratégie plus moderne avec un BACA négatif, on accentue l’acidification sanguine. L’organisme mobilise du calcium pour rééquilibrer le pH. Dans ce cas de figure, il faut s’assurer de ne pas avoir d’apports limitants en calcium dans la ration, au risque de provoquer une hypocalcémie vraie avec des vaches qui ne se relèvent pas. Si c’est bien géré, il n’y a pas de risque de fragilisation osseuse », précise le consultant. Afin d’inverser la tendance sur le BACA, la minéralisation a été revue. « Le minéral tarie a été supprimé pour les vaches en début de tarissement et doublé pour celles en prépa-vêlage, révèle Clément. Le chlorure de magnésium a laissé place au chlorure de calcium, plus acidifiant, à raison de 100 g/jour. » La base de la ration est restée identique, mais la quantité de tourteau de soja a été revue à la hausse pour les prépa-vêlage (+ 500 g), afin « d’enrichir le colostrum en protéines. » La nouvelle ration ressort à 10,2 UFL et 946 g de PDI. L’apport en calcium est passé de 5 à 11 g/kg de MS.

Vigilance constante

En parallèle, l’abreuvement des taries a été repensé. Les petits abreuvoirs individuels à poussoir, sans réservoir, ont laissé place à des abreuvoirs collectifs à niveau constant. Le pH urinaire tourne désormais autour de 6,2 et la qualité colostrale est remontée à 28 Brix. La situation s’est arrangée, mais la vigilance reste de mise. L’hiver approchant, le binôme s’apprête à réaliser un nouveau suivi du pH urinaire. « Les fourrages distribués vont changer. Un foin plus riche en potasse pourrait rehausser le BACA », surveille le conseiller.

A. Courty

Le contexte

Clément Plessis est installé à Oisseau, en Mayenne.• Il élève 66 vaches laitières prim’holsteins.

• Filière conventionnelle.

7 à 8 vaches taries en simultané.

• SAU (surface agricole utile) de 150 ha, avec 50 ha de blé en culture de vente, 50 ha de maïs autoconsommé et 50 ha en herbe pâturée ou fauchée.

• 3 UTH (unité de travail humain).

Atelier taurillons de 60 places .

Quatre commandements de l’alimentation des taries

Si l’éleveur et le conseiller se sont concentrés sur le BACA pour assainir la situation, un travail préalable a été fait autour des grands principes à suivre pour l’alimentation des taries.

Comme le rappelle Dominique Landais, chez Seenovia, le maintien d’un apport de concentré aide à la sauvegarde des papilles ruminales. Les fourrages grossiers et fibreux sont, quant à eux, indispensables pour maintenir le volume de panse et la musculature du rumen, ainsi que pour anticiper le pic d’ingestion en début de lactation. Le passage d’un régime cellulolytique à un régime amylolytique à l’approche du vêlage prépare la flore ruminale.

La gestion raisonnée de la minéralisation clôture ces recommandations.

Le récap
Les points positifs
  • Moins de problèmes métaboliques autour du vêlage.

  • Des veaux en meilleure santé.

Les points négatifs
  • Une stratégie à BACA négatif plus difficile à maîtriser.

Affiner la préparation au vêlage

« Une miction entre la vulve et la haut de la mamelle provoque l’envie d’uriner », explique Dominique Landais.
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Cet article est paru dans La France Agricole

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