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Adopter la fauche précoce pour mieux gérer la pousse des prairies

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Systèmes fourragers - Adopter la fauche précoce pour mieux gérer la pousse des prairies
La partie droite de cette parcelle, qui a été exploitée en fauche précoce, offre une belle repousse pâturable au moment de la récolte de la partie gauche. © Arvalis

Faucher tôt est un « outil » pour avoir de la repousse pâturable plus longtemps en été.

«En fauchant dès le début de mai, on n’entame pas le potentiel de production annuel de la prairie », insistait Didier Deleau, ingénieur fourrages à Arvalis, le 8 juin 2021, lors de la journée technique « Sécuriser les systèmes fourragers dans un contexte de changement climatique ». Elle était organisée à la ferme expérimentale des Bordes à Jeu-les-Bois, dans l’Indre. Vingt ans après la mise en place des essais sur la ferme prouvant ce résultat, les réticences vis-à-vis de la technique sont parfois encore bien ancrées.

Qualité du fourrage

L’étude avait montré que les fauches précoces engendraient des rendements plus faibles, de l’ordre de 5 tonnes de matière sèche par hectare, alors qu’en fauche tardive, le rendement était proche de 7 t de MS/ha. « Mais l’écart de 2 t de MS/ha se retrouve sur les repousses à un moment où le besoin est important, et alors que la croissance de l’herbe est souvent fortement ralentie », souligne Didier Deleau.

Quant à la qualité, la première coupe plus précoce est plus riche en azote et en énergie. Les repousses feuillues sont également de très bonne qualité. Le bémol, c’est le coût de la récolte supérieur. Cependant, il est « repêché » par la qualité du fourrage, qui permet de réduire la complémentation. Concernant la valeur alimentaire des prairies temporaires récoltées en 2020, et « selon la base de données des résultats d’analyse des fourrages des chambres d’agriculture de Nouvelle-Aquitaine, une fauche précoce réalisée avant 800 °C présente en moyenne 147 g de MAT/kg (1) de MS et 0,89 UFL/kg (2) de MS, a indiqué Antoine Buteau, de la ferme des Bordes. La valeur d’un foin récolté entre 1 200 et 1 500 °C tombait quant à elle à 90 g de MAT/kg de MS et 0,67 UFL/kg de MS. »

Dans le cadre de son essai conduit entre 2000 et 2001, la ferme des Bordes a calculé que la richesse en protéines de la fauche précoce par rapport à la fauche tardive équivalait à 300 kg de tourteaux de colza à l’hectare. Au total, sur les 18 hectares, ces protéines produites en plus représentent donc 5,4 tonnes de tourteaux de colza, soit 1 580 € (290 €/t).

Être réactif

Reste que la décision de faucher précocement n’est pas toujours simple. Elle est conditionnée par la météo. Une fenêtre de beau temps d’au moins deux à trois jours est nécessaire pour récolter un enrubannage. En 2021, la sécheresse du début de l’année et des températures basses ont limité la pousse, et les récoltes début mai ne dépassaient pas 3 t de MS/ha mais leur repousse s’est avérée utile.

Il faut être réactif et suivre les indicateurs comme la somme des températures, souvent fournie par les chambres d’agriculture. Les projections calculées dans le cadre du programme AP3C (3) prévoient « un avancement moyen du stade 750 °C de neuf jours en 2050, indiquait Natacha Lagoutte, de la chambre d’agriculture de la Creuse. Le nombre de séquences favorables à la fauche précoce sera toutefois en légère augmentation, mais les variabilités interannuelles seront importantes. »

M.-F. Malterre

(1) Matière azotée totale. (2) Unité fourragère lait.

(3) Adaptations des pratiques culturales au changement climatique.

À savoir

La somme de températures est un indicateur du stade végétation. Elle correspond au cumul des températures entre 0 et 18 °C depuis le 1er février. A 700 °C, l’enrubannage peut commencer.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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