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Une baisse de 22 % des phytos en dix ans

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Réduction des intrants - Une baisse de 22 % des phytos en dix ans
Sans colza, l’IFT de Fabrice Paviot a baissé de 19 %, mais c’est difficile économiquement. Cette année, il en a réimplanté, tout en maintenant des cultures de printemps. © F. Paviot

Au sud de Bourges, Fabrice Paviot cherche des solutions pour réduire l’utilisation des pesticides. Des obstacles restent à surmonter.

À Osmoy, dans le Cher, Fabrice Paviot s’est lancé dans la démarche de réduction des phytos en 2011, via un groupe Dephy. En quasiment dix ans, l’IFT (1) moyen de l’exploitation a baissé de 22 %, avec des écarts de plus ou moins 20 % selon les années.

Plusieurs mesures

Pour arriver à ce résultat, l’agriculteur a mis en place diverses solutions, en tenant compte des obstacles sur son exploitation : pas d’irrigation sur 212 ha et 70 % de ses terres situées sur un champ de tir militaire, où les sangliers prospèrent. Fabrice a, tout d’abord, reculé sa date de semis du 5 au 20-25 octobre. Puis, rapidement, il a utilisé le désherbage mécanique. Il a fabriqué une herse étrille d’une largeur de 7,4 m, à partir d’un bâti qu’il a récupéré, et a adapté cinq rangées de dents col de cygne. 90 heures après le semis, l’exploitant effectue un premier passage. Si la météo est clémente, il repasse au stade 3 feuilles. « L’avantage avec l’argilo-calcaire superficiel, c’est que l’on peut entrer deux jours après une pluie de 20 mm sans abimer le sol, dit-il. Je roule à 8 km/h et je fais environ 4 à 5 ha/h. C’est efficace, mais je ne compte pas me passer du dé­sherbage chimique. Cette année, il a été impossible d’entrer dans la parcelle en octobre, donc j’ai traité les repousses de vulpin au Fosburi. » Selon Pascal Lacoffrette, conseiller Axéréal et animateur du groupe Dephy, des essais sur vingt ans montrent une possibilité d’un dé­sherbage mécanique dans 70 % des cas.

Cultures de printemps

Pour diminuer les apports d’herbicides, Fabrice a cassé le cycle des adventices en introduisant des cultures de printemps. À partir du trio classique colza, blé, orge, il a doublé la rotation et introduit trois cultures supplémentaires. « Face au problème de vulpin, brome et géranium, j’ai d’abord testé l’orge brassicole, puis du tournesol, du pois, de la féverole et, aujourd’hui, de la luzerne en multiplication de semences », précise-t-il. Pour les débouchés, il reste fidèle à sa coopérative, Axéréal.

L’agriculteur cultive environ 20 ha de tournesol tous les ans, avec la variété Wolf. En 2019, il a obtenu un rendement de 20-22 q/ha. « Il ne faut pas oublier de mettre des épouvantails ou pistolets à pétards contre les corvidés et les pigeons, sinon en une matinée, il n’y a plus de graines », ajoute-t-il. Pour le pois et la féverole, il a été contraint de les cultiver, à cause des mauvaises conditions d’implantation de colza. En deux ans sans colza, l’IFT du groupe a ainsi diminué de 19 %. Mais après deux années difficiles économiquement (2016 et 2020), Fabrice n’est pas prêt à abandonner cette culture, qui dégage plus de 150 €/ha de marge supplémentaire par rapport à un tournesol (2).

L’agriculteur ne souhaite pas non plus introduire du tournesol, du pois et de la féverole sur les parcelles du champ de tir, par peur des dégâts de gibier. Après discussion avec un voisin, responsable de la ferme expérimentale de l’Inrae (3), il a décroché cette année un contrat pour des semences de luzerne. Il implante la culture à 40 cm d’inter-rang, pour pouvoir passer la bineuse qu’il emprunte à l’Inrae. Les herbicides devraient ainsi diminuer de 60 %. Résultat au printemps prochain.

Aude Richard

(1) Indice de fréquence des traitements.

(2) À raison d’un rendement de 35 q/ha pour le colza et 22 q/ha pour le tournesol.

(3) Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement.

Assolement

En 2020-2021 :

• 45 ha de colza

• 68 ha de blé tendre

• 50 ha d’orge d’hiver

• 14 ha de luzerne

• 18 ha de tournesol

• 12 ha d’orge de printemps

• 5 ha de SIE

Du binage pour toutes les cultures

Le désherbage mécanique se développe chez les céréaliers. Dans le Berry, un concessionnaire a vendu trente-neuf herses étrilles en 2019, contre seulement deux en 2018. Le binage reste encore confidentiel, mais se démocratise peu à peu, grâce aux caméras qui permettent de doubler les vitesses de chantier (16 km/h) sans abîmer la culture. « Aujourd’hui, il existe des bineuses polyvalentes, avec des écartements entre 15 et 80 cm, comme celle de BC Technique, dans l’Yonne », précise Pascal Lacoffrette.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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