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Méthanisation 100 % végétale

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Production de biogaz - Méthanisation 100 % végétale
Guillain Berson (à gauche) et Maxence Leclère, deux des six associés de BLB Gaz : « Nous ne contribuons pas à faire grimper les prix de la pulpe car, comme les éleveurs, si son cours augmente trop, nous n’en achèterons plus. » © Blandine Cailliez

Six agriculteurs installés à proximité de Soissons ont investi ensemble dans une unité de production de biogaz alimentée uniquement par des produits issus de cultures.

Guillain Berson, Maxence Leclère et leurs quatre associés se sont lancés ensemble dans la méthanisation en 2015. Bien que l’une de leurs trois exploitations, la SCEA Bazin, dispose d’un atelier de bovins « viande », ils ont décidé d’investir dans un outil qui fonctionne à 100 % à partir de produits d’origine végétale, essentiellement des Cive (cultures intermédiaires à vocation énergétique) et des pulpes de betteraves. « Nous ne nous interdisons pas, un jour, d’alimenter le digesteur avec du fumier, explique Guillain Berson. Mais nous avons fait ce choix car le fumier composté est un engrais organique qui enrichit la matière organique de nos sols et il est moins méthanogène que les cultures. Nos exploitations étaient toutes trois productrices de betteraves sucrières pour la coopérative Tereos, c’est pourquoi nous avons eu l’idée d’introduire des pulpes parmi les intrants. »

Un contrat de quinze ans

Le pouvoir méthanogène du fumier se situe autour de 40 à 50 m3 de gaz par tonne, lorsque celui des pulpes de betteraves est compris entre 80 et 90 m3/t et celui des céréales ensilées, maïs, escourgeon ou seigle, autour de 100 m3/t. « En ce qui concerne la pulpe de betteraves, nous ne faisons pas de concurrence aux éleveurs adhérents de la coopérative, car Tereos en vend déjà à d’autres clients que les agriculteurs de la région, tient à préciser l’agriculteur picard. Nous ne contribuons pas non plus à faire grimper les prix de la pulpe car, comme les éleveurs, si son cours augmente trop, nous n’en achèterons plus. » Le reste de l’approvisionnement provient des coopératives céréalières avec les issues de céréales­,­ ou des industries régionales de transformation des produits végétaux, comme les pommes de terre, les produits issus des amidonniers Roquette ou Tereos…

Les agriculteurs étudient également d’autres pistes, comme le sarrasin.

« À l’origine, nous pensions partir sur un projet de production de méthane qui servirait à produire de l’électricité en cogénération, souligne Guillain Berson, qui a fourni la parcelle de 4 ha sur laquelle le projet de méthanisation a été installé. Mais nous n’avions pas de moyens de valoriser la chaleur produite. Nous nous sommes donc tournés vers l’injection de gaz dans le réseau. » Le biogaz qu’ils produisent est vendu purifié à Butagaz et acheminé par le distributeur de gaz sur 2 km, jusqu’au conduit du réseau qui alimente la ville de Soissons. Ils ont signé avec Butagaz un contrat de quinze ans, le prix et l’obligation d’achat sont définis suivant l’arrêté du 23 novembre 2011.

Trois cultures en deux ans

Les agriculteurs sont autorisés à introduire dans leur méthaniseur jusqu’à 15 % de cultures principales dites « dédiées », mais le but n’est pas là. « Notre objectif est d’implanter des Cive pour bénéficier de trois cultures en deux ans, poursuit Guillain Berson. Nous avons opté pour deux types de cultures intermédiaires. Après un escourgeon récolté en grain à la fin de juin ou au début de juillet ou un pois de conserve, nous semons du maïs ou du sorgho que nous ensilons en octobre. Ce qui nous permet de semer derrière du blé. Deuxième solution, nous semons du seigle ou de l’escourgeon à date normale, que nous ensilons en mai au stade épiaison-début floraison. Nous semons derrière du maïs que nous récoltons en grain. » Les agriculteurs étudient aussi d’autres pistes, comme le sarrasin ou d’autres espèces à récolter avant les semis de betteraves, comme du fourrage pour les animaux.

BLB Gaz achète aux trois exploitations les 300 ha de couverts implantés chaque année pour le prix - lorsqu’ils sont réussis - de 30 € la tonne à 30 % de matière sèche. Les associés dégagent ainsi l’équivalent de 2,5 chiffres d’affaires sur deux ans sur une partie de leurs surfaces, à savoir 300 ha sur les 1 200 ha que totalisent les trois fermes. Le deuxième intérêt du méthaniseur pour les agriculteurs est l’économie en fertilisants qu’ils réalisent. Elle correspond à environ 100 unités d’azote pour le deuxième apport sur l’ensemble de leurs blés, soit 600 ha, et l’équivalent de la fumure P et K de 280 ha de betteraves. « Le digestat a l’avantage d’être sans odeur, précise Maxence Leclère. Il est épandu liquide sur les terres proches du méthanisateur ou transporté dans des lagunes sur les exploitations voisines. Les plus éloignées sont à 12 km. »

Blandine Cailliez

Un retour sur investissement en huit ans

Le maïs est implanté après un escourgeon ou un pois de conserve et ensilé en octobre. © Blandine Cailliez
Le contexte

La BLB Gaz a produit ses premiers mètres cubes de biogaz en juillet 2018. Le projet a vu le jour à Dommiers (Aisne), à l’initiative de six agriculteurs : Guillain Berson, Maxence et Arnaud Leclère, Thibaut, Baptiste et Alexis Bazin.

Le méthaniseur est alimenté à 35 % par de la pulpe de betterave surpressée, 50 % par des Cive (1) produites sur les trois fermes, et 15 % par des matières premières d’opportunité.

(1) Cultures intermédiaires à vocation énergétique.

55 tonnes d’intrants par jour

L’installation de BLB Gaz a démarré avec une capacité de production de 145 Nm3h de gaz, puis est passée progressivement à 260 Nm3h. Elle nécessite 55 t/jour d’intrants déversés en une seule fois, le matin, dans la trémie qui alimente le digesteur. Les six associés achètent 7 000 tonnes de pulpes de betteraves par an, et ensilent un peu plus de 10 000 tonnes de mélanges de cultures. Pour assurer un approvisionnement régulier du méthaniseur, ils stockent l’équivalent d’un an de consommation d’intrants dans leurs silos. L’un des agriculteurs, Baptiste Bazin, a en charge le suivi au quotidien de l’installation et l’approvisionnement du digesteur. Il est rémunéré pour cette mission.

Le récap
Les points positifs
  • Un chiffre d’affaires stable connu d’avance.

  • Une valorisation des couverts.

  • Une économie en fertilisants.

  • Un retour sur investissement en huit ans.

Les points négatifs
  • Une préoccupation en plus.

  • Une activité chronophage.

Le maïs est implanté après un escourgeon ou un pois de conserve et ensilé en octobre. © Blandine Cailliez
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Cet article est paru dans La France Agricole

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