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« Je me lance dans une démarche bas carbone »

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Impact environnemental - « Je me lance dans une démarche bas carbone »
Dans l’Eure, chez Geoffrey De Wever, ce colza « bas carbone » a été implanté en TCS avec de la féverole en tant que plante compagne. © C. Salmon

Agriculteur dans l’Eure, Geoffrey De Wever a récemment réalisé un diagnostic carbone de son exploitation. Plusieurs leviers, dont certains déjà engagés, devraient lui permettre d’améliorer son bilan et d’obtenir des crédits carbone.

Installé depuis 2017 à Bois-Arnault, dans l’Eure, c’est tout récemment que Geoffrey De Wever s’est engagé dans une démarche bas carbone. « L’aide du gouvernement accordée aux jeunes installés pour la réalisation du diagnostic m’a poussé à me lancer, explique l’agriculteur. Néanmoins, j’avais déjà plusieurs projets pour l’exploitation, qui sans être volontairement fléchés­ carbone avaient un impact favorable dessus. Cette démarche est donc apparue comme un plus quant à la valorisation de ces projets », ajoute-t-il.

Aide du gouvernement

Avec l’aide de sa coopérative, Geoffrey a réalisé son diagnostic dans le courant de l’automne-hiver 2021-2022. Un nombre important de données a été collecté sur les campagnes 2019, 2020 et 2021 : climat, analyses de sol, assolement, rendement, fertilisation, consommation de carburant, interculture…

« Un premier lot de 150 moutons arrivera dès le printemps 2023 au sein de l’exploitation. »

Des couverts et de nouvelles cultures

Le bilan du diagnostic fait la différence entre les émissions de gaz à effet de serre et le stockage­ de carbone dans les sols et les haies, le cas échéant (option non prise par l’agriculteur en l’absence de projets de plantation). Le calcul a été réalisé sur un état initial et cinq ans après la mise en œuvre d’un plan d’actions. Le différentiel­ entre les deux permet d’estimer un montant de crédits carbone potentiel (voir l’infographie ci-contre). « Ce bilan est en train d’être mis à jour pour prendre en compte la reprise de l’exploitation de mon père en 2023 : les leviers que j’ai prévu de mettre en place le seront également sur ces surfaces », indique Geoffrey.

Le premier d’entre eux consiste en l’intégration d’un atelier d’ovins viande, pour un effectif de 230 animaux à l’horizon 2025. « Un premier lot de 150 moutons arrivera dès le printemps 2023 au sein de la ferme », précise l’agriculteur. Cet élevage va modifier l’assolement avec plus de luzerne (4,5 ha supplémentaires), des prairies temporaires (6 ha s’ajoutant aux prairies­ permanentes déjà existantes) et du méteil (5 ha). Sur cette nouvelle configuration, Geoffrey restituera aussi davantage de pailles qu’auparavant.

Changer de formes d’engrais

Afin de gagner en autonomie fourragère, la part des couverts d’intercultures longue et courte sera plus conséquente (mélanges avoine et vesce ou avoine, seigle et pois fourrager). « Je vais, par ailleurs, intégrer le lin fibre dans ma rotation pour justement augmenter ma capacité à faire des couverts, et également parce que cette culture est peu gourmande en azote », ajoute l’exploitant.

Pour l’azote, outre cet assolement moins exigeant et une production de fumiers à venir permise par les ovins, Geoffrey compte remplacer le plus possible la solution azotée par de l’ammonitrate, moins émissif. Dès cette campagne­, le troisième apport sur blé sera donc réalisé avec cette forme d’engrais. À l’avenir, l’agriculteur testera aussi cette pratique pour la première application sur le blé et le colza, ainsi que sur les prairies. La modulation intraparcellaire de la fumure de fond (P, K, Mg et chaulage) constitue un autre levier prévu dès l’année prochaine. Il sera mobilisé sur dix ans. Enfin, le semis direct sera utilisé à l’occasion, car il ne s’agit pas du levier le plus important pour stocker du carbone ou réduire les émissions.

« 2023 sera une année charnière pour mon exploitation, car tout va se mettre en place. Des points intermédiaires seront prévus tous les ans avec mon conseiller pour suivre l’évolution de mes leviers », indique Geoffrey. Les crédits carbone ne sont cependant pas une fin en soi pour lui : « Mon objectif à terme est d’être plus autonome sur les engrais et j’ai aussi comme perspective la certification HVE de niveau 3. »

Charlotte Salmon

Un service « bas carbone » proposé par NatUp

Depuis deux ans, NatUp accompagne ses adhérents dans leur démarche bas carbone. Elle a été initiée sur le colza et la coopérative propose désormais un service de formation, de diagnostic et de conseil à l’échelle de l’exploitation. Reposant sur une méthode labellisée, dix diagnostics de grandes cultures sont en cours de finalisation et ceux des éleveurs devraient commencer en septembre.

NatUp est aussi en pleine phase de recherche pour une meilleure valorisation du crédit carbone, le prix actuel de 30 euros étant jugé insuffisant.

Le travail de prospection est réalisé en local, auprès d’industriels, de collectivités et d’entreprises par rapport à leur démarche RSE.

Le récap
Les points positifs
  • Contexte global favorable (climat, sol et nombreux acheteurs).

  • Équipements et bâtiment déjà existants pour travailler.

Les points négatifs
  • Pression en adventices (notamment vulpin et ray-grass).

  • Dépendance vis-à-vis des achats d’engrais.

Le contexte

• Exploitation de 115 ha à Bois-Arnault (Eure) : blé, escourgeon, orge de printemps, colza, avoine noire, prairies permanentes (8,5 ha) et luzerne (1,5 ha).

• Types de sol variables : de limons argileux gravillonneux à limons battants peu profonds.

• Labour un an sur trois et techniques culturales simplifiées (TCS).

• Double activité jusqu’en 2023, avec une reprise de l’exploitation familiale (145 ha) cette même année.

Un projet mené sur cinq ans

Pour cette campagne, un couvert de trèfle a été installé sur une partie d’une parcelle de colza. © C. Salmon
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Cet article est paru dans La France Agricole

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