Vous êtes abonné

Première visite ?

Inscrivez-vous
Imprimer Envoyer par mail Commenter

Gérer la fertilisation azotée des prairies  multi-espèces

réservé aux abonnés

Essais - Gérer la fertilisation azotée des prairies  multi-espèces
Sur l’essai de la ferme expérimentale des Bordes, la dose d’azote apportée en première année variait de 30 à 90 kgN/ha en un ou deux passages (200 °Cjour ou 400 °Cjour seulement ou 200 °Cjour puis après le premier cycle). Les années suivantes, 60 kgN/ha ont été apportés sur toutes les modalités. © Arvalis

Arvalis a testé pendant trois ans deux stratégies de fertilisation azotée sur une prairie composée d’un mélange de cinq graminées et légumineuses.

«Avec des légumineuses bien implantées, il est possible de fertiliser une prairie multi-espèces dès sa première année d’exploitation, sans impacter significativement l’équilibre graminées légumineuses, estime Carole Gigot, ingénieure chez Arvalis-Institut du végétal. À l’inverse, si on part avec un taux de légumineuses plutôt faible, il est préférable d’attendre la deuxième année. » Ces conclusions proviennent d’un essai mené entre 2017 et 2020 à la ferme expérimentale des Bordes, dans l’Indre.

Dose d’équilibre

La prairie était constituée d’un mélange de cinq espèces, choisies pour leur bon potentiel de rendement et leur qualité : dactyle, fétuque élevée, ray-grass anglais, trèfle violet et luzerne. Sur cette prairie, deux stratégies de fertilisation azotée (ammonitrate 33.5) ont été testées : la première a consisté à apporter de l’azote dès la première année (2018) et la seconde à partir de la deuxième année. Pour chacune, différentes modalités ont été mises en place afin de faire varier la conduite du premier apport (nombre de passages, dose et période).

« En 2018, le témoin non fertilisé a donné de bons résultats, avec 8,7 tMS/ha et 70 % de légumineuses dans le couvert, indique Carole Gigot. Nous n’avons pas observé d’effet notable des apports d’azote de première année sur le rendement par rapport à ce témoin, mais cela est à prendre avec précaution car le premier apport de 2018 a été faiblement valorisé. » En revanche, un effet significatif sur l’équilibre graminées légumineuses a été observé dès un apport de deux fois 45 kgN/ha (baisse à 53 % de légumineuses). Par conséquent, le taux de MAT (matière azotée totale) a lui aussi diminué significativement. « Lorsqu’on attend la deuxième année pour fertiliser, nous observons une baisse légère du rendement cumulé (de l’ordre de 2 tMS/ha) mais une augmentation significative de la part des légumineuses », souligne la spécialiste.

Pour faire un compromis entre rendement et taux de légumineuses dans le mélange, la dose d’équilibre pourrait se situer autour de deux fois 30 kgN/ha ou deux fois 45kgN/ha, ce qui se rapproche des références issues de la bibliographie. En revanche, un apport unique décalé en sortie d’hiver n’a pas donné l’effet escompté sur le maintien des légumineuses, les graminées ayant été davantage favorisées par les conditions de l’année.

Positif sur les coûts

« Sur cet essai, nos conclusions techniques tiennent aussi la route d’un point de vue économique », poursuit Carole Gigot, qui a réalisé des estimations du coût de la tonne de matière sèche récoltée, sur la base notamment des tendances hautes (2021) et basses (2017) du prix de l’azote. « Si on regarde les modalités préconisées d’un point de vue technique sur les deux stratégies de fertilisation, on voit qu’on est encore bon sur le volet économique, c’est-à-dire dans le top 5 des modalités les moins chères. »

Charlotte Salmon

À savoir

Une prairie multi-espèces se distingue d’une association par le nombre d’espèces constituant le couvert (au moins 3). Leur niveau de complexité est variable et peut aller jusqu’à 10 espèces.

Assurer une bonne implantation du couvert

Il est important de ne pas oublier d’autres aspects de l’itinéraire technique d’une prairie multi-espèces. Le choix des espèces en fonction du type de sol constitue un critère primordial. Ensuite, il est recommandé d’effectuer un roulage avant (pour un bon lit de semence) et après le semis (pour favoriser le contact sol graines). Des analyses de sols peuvent être également pertinentes pour adapter la fumure de fond (P et K notamment) et le chaulage (pH de 6 à 6,5 selon les légumineuses). Enfin, « ne pas hésiter à venir précocement au printemps pour faire la première exploitation et laisser de la lumière aux légumineuses », conclut Carole Gigot.

Imprimer Envoyer par mail Commenter
Commenter cet article 0 commentaires
En direct
Afficher toutes les actualités

Cet article est paru dans La France Agricole

Transmission & Patrimoine : tous les conseils pour passer le relais !