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Gagner en autonomie en diversifiant sa rotation

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Agriculture de conservation des sols  - Gagner en autonomie en diversifiant sa rotation
« Le seigle a l’avantage d’étouffer les adventices et de produire plus de paille que le blé, mais le débouché manque », indique Joseph Bellet. © Marjorie Lambert

Joseph Bellet et Marjorie Lambert réfléchissent à de nouvelles cultures pour sortir des impasses techniques, tout en s’inscrivant dans une démarche plus globale de diversification de l’exploitation.

Initiée sur la ferme dans les années quatre-vingt-dix par le père de Joseph Bellet, l’agriculture de conservation des sols (ACS) est au cœur de la démarche du gérant et de sa compagne Marjorie Lambert, sur une exploitation de près de 160 ha où cultures et élevage sont conduits en synergie.

Après des changements majeurs (comme l’arrêt de la pomme de terre en 2002) et progressifs (mise en place du semis direct sous couvert au bout de quinze ans, et plantation de plus de 5 000 arbres en dix ans), le couple se repose, aujourd’hui, sur une rotation fixe satisfaisante. Cependant, des difficultés techniques émergentes les poussent à réfléchir à de nouvelles cultures, dans une logique de gain d’autonomie, de diversification et de réduction de l’empreinte carbone de l’exploitation.

De nouvelles cultures testées

La rotation principale s’articule autour de la betterave, du colza, du lin fibre et du blé tendre (lire l’infographie p. 31). « Je rencontre des problèmes d’adventices, notamment sur blé de betterave, je cherche donc des solutions, avec la contrainte d’un arrachage tardif », explique l’exploitant. Pour ce faire, il étudie de nouvelles possibilités de cultures, notamment pour leurs intérêts agronomiques. Ainsi, le seigle offre l’avantage d’étouffer les adventices et de produire plus de paille que le blé. « Celle-ci se valorise comme litière pour les volailles, de même qu’en échange de fumier avec des voisins. » Toutefois, la problématique reste le manque de débouché pour la graine, qui ne permet pas de faire du volume.

« Je rencontre des problèmes d’adventices, notamment sur bléde betterave, je cherche donc des solutions. »

Une autre solution expérimentée est le maïs qui présenterait moins de difficultés sur la filière, puisqu’il peut être incorporé à la ration alimentaire des volailles ou bien positionné en culture énergétique. En effet, l’exploitation fait partie d’un projet collectif de méthanisation bien avancé (Méthacaux, qui réunit 14 fermes en polyculture-élevage). « Les premiers tests sur maïs n’ont pas été concluants car j’ai souhaité l’associer à des plantes compagnes qui ont pris le dessus », indique l’agriculteur.

La dernière piste envisagée est le pois de printemps, dont les conditions d’implantation risquent d’être néanmoins difficiles après une betterave. Si celui-ci fonctionne cette année, Joseph envisage d’essayer une succession « betterave, seigle, pois ». L’un des autres atouts du seigle (ici en couvert) étant son taux de mycorhization.

Grâce aux échanges en groupe (lire l’encadré ci-contre), d’autres idées émergent, comme celle des cultures associées, après des visites d’exploitations au Canada, il y a deux ans. Des collègues ont intégré la luzerne dans leur assolement : « C’est un levier intéressant, qui plus est quand il est associé au pâturage itinérant. Mais ce n’est pas dans mes projets à présent, en raison du lin, qui apporte une certaine rentabilité pour mon exploitation », souligne l’agriculteur.

Des points de vigilance

Quelques points d’attention sont déjà pris en compte dans ces réflexions. À commencer par la recrudescence des dépôts de déchets sauvages, pour cette ferme proche de la ville, ce qui limite d’éventuelles cultures. Le cahier des charges du label rouge contraint aussi à acheter une majeure partie des aliments, au détriment d’une production interne. « Ceci est un frein à l’allongement et à la diversification de la rotation, comme à l’amélioration de notre empreinte carbone. De plus, et à cause de cela, nous sommes sur un fil vis-à-vis de l’éligibilité à la certification HVE (1) », précise Marjorie.

Quant aux plantations d’arbres, elles sont défavorisées par leur statut de fermage majoritaire, les bétoires et l’urbanisation. Sur ce dernier point, le couple a néanmoins su créer des opportunités dans leurs relations à la ville.

Charlotte Salmon

(1) Haute valeur environnementale.

Le récap
Les points positifs
  • Système en ACS : plus résilient face aux aléas.

  • Synergie entre culture et élevage.

  • Diversification actuelle et à venir (méthanisation).

  • Culture du lin fibre.

Les points négatifs
  • Urbanisation.

  • Manque de débouchés sur certaines cultures.

  • Quelques contraintes sur le label rouge (vis-à-vis de la HVE et de la démarche carbone).

Engagement collectif et relations ville-campagne

Joseph et Marjorie sont engagés dans plusieurs démarches collectives, permettant de progresser techniquement et de communiquer. Ils font ainsi partie du collectif Sol en Caux, un GIEE (groupement d’intérêt économique et environ-nemental), constitué depuis 2013, autour de l’agriculture de conservation et de la qualité de l’eau.

Le couple est également membre de l’Apad (association pour une agriculture durable) et de l’IAD (Institut de l’agriculture durable) dans le cadre du label « Ferme Carbone Vert ». Leur engagement se retrouve auprès du grand public (journées portes ouvertes, projet de co-working) et en faveur de la biodiversité : des perchoirs ont été installés pour favoriser la trentaine d’espèces d’oiseaux recensée au sein de la ferme.

Le contexte

Joseph Bellet et Marjorie Lambert exploitent 158 ha (limons battants) en polyculture-élevage. Ils travaillent en agriculture de conservation.

Main-d’œuvre : 2 UTH.

Aire d’alimentation de captage : sols karstiques et présence de bétoires.

Cultures : blé, colza, lin fibre, betterave, maïs.

Élevage : volailles label rouge (85 000/an) avec Agrial, 6 bâtiments.

Panneaux photovoltaïques.

Projet de méthanisation.

Des réflexions autour de l’assolement

Les volailles disposent d’un parcours arboré et le bâtiment de panneaux photovoltaïques. © Guillaume Chedru
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Cet article est paru dans La France Agricole

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