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« En bio, nous réduisons le travail du sol »

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CTS - « En bio, nous réduisons le travail du sol »
« Il est plus difficile de conserver une bonne structure du sol que de gérer les adventices », estime Philippe Betton. © Ph. Betton

Philippe Betton et Germain Gougeon, adhérents du Civam bio 53, expérimentent les techniques culturales simplifiées depuis plusieurs années.

Pendant une dizaine d’années, Philippe Betton, agriculteur à Sacé (Mayenne), au nord de Laval, a suivi un protocole assez classique. Avec un labour systématique, du faux semis, du déchaumage, du sarclage. « À ce régime, j’ai fini par avoir des problèmes de salissement et les rendements avaient également tendance à baisser », explique-t-il. En système bio depuis 1997, Philippe exploite 85 hectares, dont 10 de prairies naturelles humides. Sur 75 ha, l’assolement intègre des prairies temporaires (20 ha), des céréales (30 ha de triticale, orge et maïs), des oléagineux (7 ha de colza et 3 ha de soja), ainsi que des protéagineux (5 ha de lupin de printemps et 10 ha de féverole d’hiver).

De la féverole dans une moutarde

Adhérent du Civam bio 53 (1) et membre du réseau Base (2), Philippe a d’abord opté pour le binage des cultures d’hiver. En 2012, après avoir investi en Cuma dans un semoir semi-direct (Eco-Dyn), il a commencé à semer de la féverole d’hiver dans de la moutarde. « La première année a été un succès. J’étais confiant, mais j’ai eu des soucis de compaction et de salissement par la suite. »

« Nous utilisons le labour seulement s’il permet de limiter le nombre de passages », explique Germain Goujeon. © G. Gougeon

Philippe a alors l’idée de tester le semis de féverole directement après la récolte du maïs grain. « Au niveau de la propreté, c’est très satisfaisant, poursuit-il. La première année, j’avais labouré et semé à l’Eco-Dyn le tour du champ, il était bien plus sale. Cependant, pour que ça marche, il faut récolter le maïs dans de bonnes conditions. »

Non-labour et binage

Poursuivant ses expérimentations, Philippe a tenté d’associer non-labour (en TCS à 10-15 cm) et binage. D’abord sur colza, où la technique a permis d’avancer la date des semis d’une dizaine de jours (20 août au lieu de fin août-début septembre). Puis sur maïs. « Là, j’ai réussi à baisser la pression des vivaces, en particulier celle du rumex. » En 2020, un essai sur lupin de printemps a également été concluant.

Pour les céréales d’hiver, Philippe réalise désormais un labour agronomique à 15-18 cm. « Je déchaume à l’Eco-Dyn juste après la récolte du précédent, précise-t-il. À l’automne, j’enfouis le couvert (5-10 cm) et je sème directement. »

Du maïs derrière un méteil

Germain Gougeon est installé sur 100 ha à La Bazouge-de-Chémeré (Mayenne). Féru d’agronomie, il cultive 15 ha de prairies temporaires et 30 ha de colza-céréales (blé, orge de printemps, maïs). Pour mener ses premiers essais sur la réduction du travail du sol, l’agriculteur a privilégié le colza, dont le rendement était très variable : « Depuis deux ans, je le sème le plus tôt possible, associé à de la féverole, de la luzerne, du tournesol ou du trèfle violet. » En pratique, Germain réalise un scalpage (à l’aide d’un Actisol à 4 cm) et passe la herse rotative en combiné au semis. L’année dernière, il a obtenu un rendement de 30 q/ha, le meilleur depuis 2015. « Le colza avait été semé le 25 juillet, associé à du tournesol (4 kg/ha) et à de la luzerne, dont il me restait des graines », raconte-t-il.

L’exploitant a également mené des essais sur maïs, qu’il conduit sans labour depuis huit ans. Aujourd’hui, la culture est implantée derrière un méteil ensilé ou laissé au sol. Avant semis, il passe le rotavator (2-3 cm). « Ensuite, explique-t-il, je réalise un scalpage à 15 cm pour les rumex et je passe la herse rotative (7-8 cm). C’est une conduite qui marche bien, à condition de faire attention à l’enfouissement du couvert. Il faut attendre qu’il soit bien détruit avant de semer. Sinon, il redémarre en même temps que la levée du maïs. »

En blé, Germain maintient un labour – à 17-18 cm – derrière prairie : « Il reste intéressant pour limiter le nombre de passages. » Par ailleurs, l’agriculteur a essayé, quatre ans de suite, d’associer du trèfle au printemps, mais les résultats se sont avérés aléatoires. « En revanche, le semis d’automne marche plutôt bien pour le trèfle incarnat et la prairie temporaire », dit-il. En 2019, la prairie semée le 1er novembre s’était même développée au détriment de la céréale. Germain est donc parti cette année sur des espèces moins agressives et a varié les densités (0, 10 et 20 kg), « pour voir comment le blé réagit ».

Anne Mabire

(1) Centre d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural. (2) Réseau d’échange d’agriculteurs et de techniciens innovants qui mettent en œuvre l’agriculture de conservation.

Regain d’intérêt

En agriculture biologique, le recours au travail du sol est traditionnellement élevé. Il permet de gérer les adventices – en particulier les vivaces – et de maintenir une porosité importante du sol, gage notamment d’une bonne exploration racinaire. Mais, pour des raisons liées à la structure des sols, à leur fertilité et aux rendements – qui stagnent ou baissent – des agriculteurs bio s’intéressent aux techniques culturales simplifiées. Si le recours aux TCS en bio n’est pas nouveau, il suscite un regain d’intérêt.

L’expert
« Les réussites sont plus évidentes en polyculture-élevage » Samuel Oheix, conseiller technique au GAB 85

« Le GAB 85 et la chambre d’agriculture coaniment un groupe TCS bio d’une vingtaine d’agriculteurs. Nous avons réalisé des essais en polyculture-élevage et en systèmes céréaliers. Entre autres, nous avons travaillé sur le semis de prairie – au printemps sous couvert de méteil grain (triticale-pois fourrager), et à l’automne avec le méteil –, et sur le maïs sans labour après prairie. Là, le semis direct paraît aujourd’hui le plus prometteur. En système céréalier, le développement des TCS est plus compliqué. Mais le semis de trèfle est une technique à développer. Celui dans l’inter-rang du maïs est également intéressant, à condition d’augmenter l’écartement. Nous avons eu des bons résultats à 1,50 mètre. »

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Cet article est paru dans La France Agricole

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