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Développer la biodiversité d’une réserve d’irrigation

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Réseau Arbre 49 - Développer la biodiversité d’une réserve d’irrigation
Les pentes douces de cette réserve, aménagée dans les années 1980, favorisent le développement de la biodiversité. Par contre, ses contours manquent de sinuosité. © Anne Mabire

S’appuyant sur l’étude de trente réserves, le réseau Arbre 49 a identifié des pratiques qui favorisent l’émergence d’une faune et d’une flore sauvages. Elles sont liées à l’aménagement de la réserve et à son entretien.

Comme tout plan d’eau, une réserve d’irrigation est un réservoir de biodiversité. Mieux, « on sait aujourd’hui que certaines pratiques favorisent son émergence et son développement », indique Ambroise Bécot, animateur du réseau Arbre 49. L’an dernier, en partenariat avec l’Esa d’Angers, ce réseau a étudié trente réserves. Leurs données faunistiques et floristiques ont été croisées, leur environnement et leur aménagement analysés, leur entretien détaillé. « Cela nous met en capacité de faire aujourd’hui certaines recommandations. » (1)

Privilégier les contours sinueux

L’une des premières relève de la forme et de la taille des réserves. « Les deux ont un impact sur la biodiversité », confirme Oona Le Rallic, de l’Esa d’Angers. « Plus le plan d’eau est grand (2) et sinueux, plus elle est développée. »

L’inclinaison des pentes compte également. « Plus elle est douce, mieux c’est. » De fait, quand l’eau se retire lentement, la pente se végétalise mieux et de manière plus diversifiée. Elle offre des habitats intéressants pour les oiseaux, les insectes et les amphibiens. « Nous avons trouvé plusieurs espèces d’intérêt communautaire sur ces profils de berges, dont certaines sont sur liste rouge », précise Jérôme Couvreur, du CPIE Loire Anjou Touraine. Moins sensibles à l’érosion, les pentes douces sont par ailleurs peu propices à l’installation des terriers de ragondins. « Un atout biologique majeur. »

Des pentes de 20 % au maximum­

Arbre 49 recommande aujourd’hui des pentes inférieures à 20 % et même à 10 % au niveau de la queue de la réserve. Le réseau insiste aussi sur la nécessité de limiter l’enrochement aux seules digues et de laisser - si possible - l’exutoire et le fossé à ciel ouvert. En matière de biodiversité, « tout ce qui coule en permanence à ciel ouvert est bon à prendre », résume Jérôme Couvreur.

Concernant l’aménagement des abords de la réserve, « l’idée est de mixer les formes de végétation et de jouer sur leur complémentarité », précise Ambroise Bécot. Cette stratégie permet de créer des zones d’ensoleillement et d’ombrage, des lieux de pose, d’abreuvement, de ponte, des caches, etc. En pratique, il est préconisé de laisser la végétation spontanée s’implanter à l’intérieur et à l’extérieur des berges.

« Pour lutter contre les plantes rudérales, le semis sur le haut et les pentes extérieures de la digue sont une bonne solution. Dans ce cas, nous préconisons des mélanges simples (ray-grass et trèfle blanc), qui couvrent rapidement sans être agressifs. Le mélange va ainsi s’aérer ; au bout de deux à trois ans, si on ne gratte pas le sol, on verra ressortir les plantes de prairie classiques (pissenlit, pâquerette, etc). » La présence de roncier sur les pentes constitue également un atout biologique.

À l’observation, les arbres - en particulier les saules, frênes et églantiers - poussent facilement autour des réserves. « Ils sont intéressants à condition de ne pas former une ceinture trop importante. »

Favoriser la biodiversité passe aussi par un entretien approprié des abords de la réserve. La ceinture arborée doit être contenue avec une taille latérale côté desserte tous les trois ans et un recépage de la végétation arbustive par tronçons. Concernant les ronciers, il est conseillé de les broyer tous les trois ans et d’effectuer­ chaque année - entre octobre et mars - un broyage des repousses périphériques.

Enfin, les bandes, digues et autres parties enherbées doivent être fauchées le plus tard possible, à partir du mois d’octobre. À défaut, « on fauchera tôt, voire très tôt, et le strict nécessaire, par exemple pour aménager un passage. En matière de biodiversité, le printemps est une période cruciale », insiste Ambroise Bécot.

Anne mabire

(1) Ces pratiques ont été rassemblées dans un guide téléchargeable sur le site www.pays-de-la-loire.chambres-agriculture.fr (rubrique Publications).

(2) La superficie moyenne des 30 réserves étudiées était de 1 ha, avec un maximum à 3,7 ha.

171 espèces végétales

L’étude « Plans d’eau d’irrigation du Maine-et-Loire : quelle contribution au maintien de la biodiversité ? » a porté sur 30 réserves. Dans chacune, trois relevés ont été réalisés entre mai et septembre 2019. Ils ciblaient la flore aquatique et celle des berges exondées, les odonates et les mollusques. Au total, les naturalistes ont identifié 171 espèces végétales avec une moyenne de 27 par réserve. À leur grande surprise, ils n’ont trouvé aucune plante invasive. Les deux seules espèces envahissantes étaient des mollusques (corbicule japonaise et moule zébrée). Concernant les odonates, 34 espèces ont été relevées (8 par réserve en moyenne), 19 étaient des libellules.

Mares et réserves

Pour palier le déficit en biodiversité d’une réserve, « créer une ou plusieurs mares à proximité est une bonne idée », indique Ambroise Bécot. « Il n’est pas nécessaire que cet ouvrage soit grand. À partir de 50 m², on peut avoir une biodiversité très riche », complète Laurent Tertrais, de l’Association Eden. À l’expérience, il n’est pas non plus indispensable que la mare soit tout le temps en eau. « L’idéal est qu’elle le soit jusqu’à fin juillet-début août. Avec des points bas à 1,80 m, on y arrive. »

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Cet article est paru dans La France Agricole

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