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Des vergers pour se diversifier

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Bio - Des vergers pour se diversifier
Charlotte et Arnaud (ici avec leurs enfants, Victor, Antoine et Louise) ont planté et palissé ce verger de pommes à croquer en 2017. © Florence Mélix

Sur leur exploitation de grandes cultures bio de Vaux-sur-Lunain, en Seine-et-Marne, Charlotte et Arnaud Gronfier développent la production de pommes à couteaux et à jus, la transformation et la vente locale.

Arnaud Gronfier, après avoir été chef de culture, a repris en 2016 une exploitation à Vaux-sur-Lunain, en Seine-et-Marne, conduite en agriculture biologique depuis 1983. « Si, au départ, je cherchais une ferme de grandes cultures, les 2,7 ha de pommiers avec des débouchés à valeur ajoutée déjà en place nous ont tout de suite intéressés, se souvient Arnaud.

Les vergers datant de vingt-cinq à trente ans, nous avons décidé de les renouveler et de développer cette production en plantant 5 ha entre 2017 et 2019. » Son épouse Charlotte précise : « Nous avons aujourd’hui 2,4 ha de fruits à croquer avec 11 variétés – dont cybèle, melrose, crimson crisp, galiwa – et 4,6 ha de pommes à jus avec 7 variétés telles que judaine, judeline, judor… »

Améliorer l’état sanitaire du verger grâce aux animaux

Charlotte, d’abord salariée sur l’exploitation, a suivi un BPREA à distance avec l’Esa d’Angers en 2019, avant de s’installer en 2020. « Notre volonté est d’aller plus loin que le bio, relève-t-elle, en s’affranchissant du cuivre et en limitant les interventions contre la tavelure notamment.

Lors de ma formation, j’ai compris les bienfaits des animaux sur l’état sanitaire du verger. Nous avons donc acheté en juin 2019 une dizaine de brebis pour pâturer dans les vergers et une centaine de poules. » Les brebis mangent les feuilles mortes, qui sont autant de refuges pour les spores de la tavelure et permettent de diminuer l’inoculum.

« Les animaux ont des bienfaits sur l’état sanitaire des pommiers. »

C’est la race rustique shropshire qui a été choisie : « Ce sont de grands moutons qui peuvent atteindre les feuilles des arbres jusqu’à 1,40 m de hauteur. Sous les pommiers à jus, cela pose peu de problèmes. En revanche, dans les vergers de fruits à couteaux, plus bas, les brebis ne pâturent que l’hiver pour ne pas gêner la pousse de feuilles au printemps. »

L’objectif serait d’atteindre un troupeau d’une cinquantaine de brebis, puis de vendre les agneaux découpés en caissettes.

Concernant les volailles, ce sont des poules pondeuses de réforme d’un voisin. Elles grattent au pied des arbres et mangent les insectes tels que les larves de carpocapse. « Elles raffolent aussi des mulots qui endommagent les jeunes arbres en mangeant les radicelles », précise Arnaud. Malheureusement, une fouine s’est glissée dans le poulailler au printemps 2020 et a mis un coup d’arrêt à l’expérience en tuant 70 poules. Des poulaillers mobiles sécurisés seront installés au printemps prochain.

Moderniser leur atelier de transformation

Concernant les débouchés, les pommes à jus sont transformées à la ferme en cidre, vinaigre de cidre et jus. En 2020, le couple a investi dans une râpe, un pressoir (le pressage était auparavant réalisé par un prestataire), un pasteurisateur plus performant et une étiqueteuse afin d’être autonome sur toute la ligne de transformation. Ces acquisitions leur permettent aussi de réaliser quelques prestations pour des particuliers et professionnels.

Mais avec la production qui devrait augmenter, cet atelier aura besoin de plus d’espace. « Nous allons construire un hangar de 1 000 m² avec des panneaux photovoltaïques sur le toit au printemps prochain, souligne Arnaud. Nous allons en emménager une partie pour la saison 2022 afin de stocker les fruits et les bouteilles, et moderniser l’atelier de transformation. »

Aujourd’hui, avec 15 t/ha de pommes pour les parcelles en pleine production, environ 17 000 l de jus et 7 000 l de cidre sont mis en bouteilles. « Les fruits et produits dérivés sont vendus à neuf Amap et une quinzaine de magasins de producteurs, épiceries et magasins bio », explique Charlotte, qui les livre une fois par mois. En Amap, sont vendues également les graines de lin produites sur l’exploitation. « Nous souhaitons vendre nos grandes cultures de plus en plus en direct afin de gagner en valeur ajoutée mais aussi en autonomie », précise Arnaud. Ainsi, la luzerne, aujourd’hui vendue à une usine de déshydratation à 70 km, pourrait être à terme valorisée par le troupeau de vaches aubrac à l’engraissement que le couple est en train de monter pour vendre la viande en caissettes. « Nous visons davantage d’autonomie avec des productions diversifiées afin de sécuriser notre système », conclut-il.

Florence Mélix

Le contexte

Charlotte et Arnaud Gronfier, à Vaux-sur-Lunain (Seine-et-Marne).

SAU : 132 ha (en bio), soit 31 ha de blé tendre, 25 ha de luzerne, 11 ha d’orge de printemps, 10 ha de seigle, 10 ha de soja, 10 ha de lentilles, 10 ha de prairies, 9 ha de féverole d’hiver semences, 7,5 ha de pommiers, 3,5 ha d’épeautre, 3 ha de triticale, 2 ha de lin graine.

Troupeaux : 19 brebis, 5 vaches à l’engraisse­ment, 100 poules.

2,5 UTH (2 exploitants et 1 salariée à mi-temps)

+ 1 salarié pour la récolte et la taille.

Plateforme de compostage automatisée

Une plateforme de compostage de déchets verts existait déjà lorsque Charlotte et Arnaud ont repris l’exploitation. Depuis, ils ont investi dans un pont bascule et ont automatisé la gestion. Grâce à un badge électronique, le chauffeur s’enregistre et le poids du camion est pesé à l’entrée et à la sortie de la plateforme afin de facturer la différence. Deux collectivités et plusieurs paysagistes déposent 3 000 tonnes/an de tontes, tailles de haies… Le marc issu de la transformation des pommes est également ajouté. Après un broyage et un criblage, 1 500 t/an de compost sont produits. Environ 600 t sont épandues sur les terres de l’exploitation, le reste est vendu à des voisins agriculteurs.

Le récap
Les points positifs
  • Système diversifié donc résilient.

  • Débouchés à valeur ajoutée.

  • Proche de l’autonomie.

Les points négatifs
  • Verger en renouvellement, donc en pleine production sur une petite partie.

  • Pics de charge de travail.

Une majorité de vente directe et locale
 - Une majorité de vente directe et locale

Les brebis pâturent les prairies, mais aussi les vergers pour réduire l’inoculum de tavelure. © F. Mélix
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Cet article est paru dans La France Agricole

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