« Depuis dix ans, pointent Eric Fallou et Philippe Laty, respectivement président et directeur du Comité Centre et Sud (CCS), l’une des trois organisations de producteurs agréées par le ministère de l’Agriculture (1), la demande des collecteurs ne cesse d’augmenter : entre 800 et 1 000 ha par an. » Chacun de ces opérateurs commerciaux, qui contractualisent avec les agriculteurs et mettent en marché, propose souvent ses propres variétés et son propre contrat. Le prix est défini à la tonne en fonction du calibre recherché : 28-35 mm, 35-45 mm, 45-55 mm, par exemple. Il n’y a pas de forfait par hectare. L’agriculteur doit mettre à disposition un produit trié, calibré, stocké à 3°C et conditionné selon le type de débouchés, ce qui nécessite des équipements en propre ou en prestation.

Besoin de main-d’œuvre

Bien qu’elle se mécanise de plus en plus (arracheuse et trieuse en particulier), la culture nécessite de la main-d’œuvre lors de l’épuration sanitaire et variétale (2) au moment de la récolte, et pour les opérations en bâtiment. Il faut compter en moyenne 140 h/ha de main-d’œuvre depuis l’implantation jusqu’à l’expédition des plants conditionnés, ce qui suppose de recourir à du personnel saisonnier.

L’irrigation est fortement conseillée, voire indispensable. Selon les variétés, les besoins varient du simple au double (70 à 180 mm en 2020). Il est également important de disposer d’un apport d’eau au moment de la récolte, pour minimiser les chocs sur les tubercules. Pour garantir la qualité sanitaire, les eaux de forage doivent être privilégiées.

La première année, 100 % de plants de base doivent être achetés. Par la suite, à condition d’avoir un état sanitaire conforme à la réglementation, le producteur peut mettre en place une partie de ses cultures de l’année suivante à partir de sa récolte N-1, avec l’accord de son collecteur. Pour la rotation, six ans entre deux cultures de plants sont conseillés.

Afin d’optimiser le rendement commercial, plusieurs leviers seront adoptés : préparation du sol, type d’implantation, densité de plantation, fertilisation, irrigation. La stratégie de protection de la culture doit permettre de limiter l’installation de maladies (mildiou, virus...) ou de ravageurs (pucerons, taupins...).

L’intérêt économique dépend de nombreux facteurs, notamment de la productivité de la culture et/ou des variétés, et de la maîtrise des coûts. « Un tubercule supplémentaire par pied dans le calibre prévu, c’est 10 % de productivité en plus, souligne Philippe Laty.

Avant de s’engager, une étude personnalisée à partir des contrats possibles et des variétés pressenties est nécessaire. Cinq hectares avec des prestataires extérieurs pour le triage, le calibrage, le stockage et le conditionnement constitue une bonne taille pour démarrer la production et se faire la main.

Anne Bréhier

(1) Bretagne plants, Comité Nord (nord Bassin parisien) et Comité Centre et Sud. (2) Arrachage manuel des pieds virosés ou non adéquats.

Témoin
Gérer des variétés Damien Gilloppe, agriculteur à Sognes (Yonne)

Le producteur gère des variétés de plants et non des plants de pommes de terre, ce qui suppose d’adapter l’itinéraire de culture à chaque variété. Ce dernier point, essentiel, fait « la fiche de paie » du producteur. « En fin de cycle, il faut réaliser régulièrement des prélèvements deux à trois fois par semaine, et calibrer les tubercules pour décider de la date optimale de défanage. C’est une culture qui demande beaucoup de technicité, mais qui est passionnante, témoigne Damien Gilloppe, qui est passé de 3,8  ha en 2017 à 20 ha en 2020. On suit au quotidien son évolution, ce qui permet d’anticiper la récolte et les rendements, que l’on appréhende avant l’arrachage.  »