La raréfaction de l’eau annoncée depuis longtemps et une année 2022 marquée par une sécheresse historique rendent croissantes les préoccupations sur l’irrigation agricole. Morgane Stoquart est cheffe de culture des exploitations Vert’Veine et Mas-Saint-Jean, basées à Lansargues, dans l’Hérault. Les deux entités sont gérées par la même équipe, mais la première est dédiée à la production en bio tandis que la seconde fait de l’agriculture conventionnelle. « La surface cultivée, de 300 ha, se répartit de manière équitable entre des productions maraîchères et des grandes cultures, explique Morgane. L’irrigation goutte-à-goutte s’impose pour des cultures comme le melon, qui occupe une part importante de l’assolement. Nous l’avons également déployée sur des grandes cultures comme le maïs ou le tournesol. »

Un rang sur deux

Les tuyaux de goutte à goutte utilisés diffèrent légèrement de ceux qui irriguent le melon. « Le plastique est plus dur, et ils sont réutilisables, illustre Morgane. Tandis que ceux réservés aux cultures maraîchères sont à usage unique. »

Le dispositif n’est pas déployé dès le semis, car le binage est effectué régulièrement en début de cycle cultural. « Il est déroulé quand le maïs arrive à mi-mollet, et qu’il devient difficile de désherber avec une bineuse classique. » Un rang sur deux est équipé, soit un tuyau tous les 1,50 m. Un outil spécifique permet de continuer à biner après cette installation (lire encadré).

Moins de main-d’œuvre

Parmi les avantages identifiés par Morgane, il y a un moindre besoin en main-d’œuvre. « La mise en place demande plus de temps, mais une fois que c’est placé, cela tient jusqu’à la récolte, souligne-t-elle, contrairement aux enrouleurs qu’il faut aller déplacer quotidiennement. » Le déploiement s’effectue avec des tourets et le tuyau est coupé ou raccordé en fonction des besoins. « Avec un touret de 7 à 8 km de tuyau, on irrigue environ 1 ha ».

Par ailleurs, la cheffe de culture a mis en place des dispositifs de suivi et de pilotage de l’irrigation à distance. Deux types de boîtiers programmateurs sont utilisés, selon que la station d’irrigation concernée soit reliée au réseau électrique ou pas. « Tout est accessible depuis le téléphone, c’est beaucoup plus simple, sourit Morgane. Auparavant, il fallait gérer toutes les vannes à la main, puis l’automatisation a été progressive. Désormais, nous n’avons qu’à vérifier une fois par semaine chaque vanne, pour voir s’il y a un problème, comme une petite fuite par exemple. Les grosses fuites, on les repère à distance grâce au compteur volumétrique. »

Efficacité de l’eau

Au-delà du gain de temps, ce système d’irrigation assure une économie d’eau importante. « Nous ne connaissons pas encore exactement la différence de consommation d’eau, nous en saurons plus à la fin de l’année, glisse Morgane. Nous avons deux parcelles très similaires, équipées différemment. L’une en goutte-à-goutte et l’autre avec un enrouleur. Nous comparerons toutes les données de consommation après récolte. » Les exploitants envisagent une utilisation de ce dispositif sur le soja pour l’année 2023.