Au Gaec d’Anjou, la paille qui est utilisée dans l’unité de méthanisation est entièrement ramassée par une remorque autochargeuse. Thibaut Quentin est installé sur l’exploitation de polyculture-élevage depuis 2019. Il cultive sur la commune d’Ailly-sur-Somme (Somme) 350 hectares composés majoritairement de blé. « Nous sommes cinq associés à gérer les différentes activités : un atelier porc naisseur-engraisseur, les cultures et plus récemment la partie méthanisation dont je m’occupe. De plus, trois salariés nous prêtent main-forte ». Le projet de l’unité de méthanisation a débuté fin 2016 pour un démarrage du moteur en 2021. « Dans l’optique d’effectuer le suivi de la partie biologique du méthaniseur, j’ai passé un diplôme universitaire Mise en œuvre des unités méthanisation à Nancy » explique Thibaut. Au départ, le ramassage de la paille avec la remorque autochargeuse n’était pas prévu mais suite à divers problèmes, il s'est vite imposé dans la conduite de la méthanisation.

Le stockage et la manipulation facile de la paille en vrac

Initialement, l’unité devait être alimentée uniquement avec du maïs, des Cive, de la pulpe de betterave et du lisier de porc. Mais face aux incertitudes de rendement du maïs d’une année à l’autre, les associés ont estimé que ce n’était pas prudent. « Avec la première idée, mon système était trop dépendant du maïs. Une année comme 2021, c'est parfait, mais cette année, avec le déficit hydrique, ça aurait été plus compliqué. Et ce d’autant plus qu’il n’y a pas de système d’irrigation sur la ferme » résume Thibaut. L’exploitant a donc rapidement décidé d’incorporer la paille dans son mélange. Avant cela, elle était entièrement broyée. Maintenant, la paille est ramassée avec la remorque autochargeuse et est stockée en vrac sur une plateforme bétonnée. Cette solution était la plus simple à mettre en place, notamment pour des raisons de logistique et de rentabilité, car il n’était pas envisageable de construire un bâtiment de stockage spécifique. De plus, la manipulation des balles aurait nécessité trop de temps et de main-d’œuvre pour réaliser les empilements.

Généralement, la paille et la menue paille sont ramassées directement après la récolte. « Le mélange, une fois chargé dans la remorque, est stocké en vrac, à l’air libre, sur une plateforme. Une croûte se forme sur la partie exposée à l’air et aux intempéries, cela protège les couches inférieures et ne nuit pas à son utilisation dans le méthaniseur. De plus, le stockage en vrac m’évite d’avoir à éclater des balles souvent très comprimées. Cette solution limite la consommation d’énergie de l'incorporateur et donc les coûts de production. Le ramassage de la paille et de la menue paille me sert à semer dans de meilleures conditions mes Cive et mes colzas car toutes les graines sont évacuées et il y a moins de résidus sur le sol » indique l'agriculteur.

Un système économe en main-d’œuvre et en énergie

« Le premier essai d’une remorque autochargeuse a eu lieu pendant l’été 2019. À la suite de cette expérience, nous avons acheté une remorque Pöttinger Torro 8010 Combiline. Je suis généralement le seul à utiliser la remorque. Celle-ci sert en tant que benne lors des ensilages et en tant qu'autochargeuse pour la paille et certaines cultures. La paille est ramassée en plein soleil. Celle-ci est alors très cassante et la coupe a donc pour effet de la broyer finement. L’objectif, c'est d’avoir un maximum de surface de contact de la matière dans le méthaniseur. Je souffle la machine à chaque fois que je l'utilise afin de prévenir tout départ de feu en particulier dans la paille car la Torro a tendance à se salir un peu plus. J’aiguise les couteaux tous les jours afin que la coupe reste fine. Je ramasse à une vitesse oscillant entre 12 et 15 km/h".

"Ce système m’a rendu partiellement indépendant de mon prestataire de services. Par exemple, dans les Cive, il peut m’arriver d’avoir des repousses de fétuques. Dans ce cas, je ne peux pas faire appel à une ensileuse pour les ramasser, car le volume de matière n’est pas suffisant et le chantier coûterait trop cher. Je passe donc le broyeur andaineur et je ramasse ensuite avec mon autochargeuse » précise Thibaut.