Grâce à ses connaissances techniques et à ses relations, Gaëtan Gustin a fabriqué un semoir de semis direct. Ce salarié du lycée agricole du Val de Seille à Château-Salins prête souvent main-forte sur l’exploitation de sa compagne, Laetitia Reignier. La ferme est installée sur la commune d’Athienville, dans la Meurthe-et-Moselle. Elle comprend 120 vaches et 98 ha dont 40 de prairies, 20 de maïs et le reste en céréales.  « Lorsque la Pac nous a demandé d‘implanter des couverts, nous avons choisi de les faire semer par un prestataire. Mais face aux coûts élevés de cette opération, il y a 8 ans j’ai décidé de fabriquer mon propre semoir. Depuis, il est devenu très important pour Laetitia de réaliser un semis correct, car les couverts font partie intégrante de la ration donnée aux animaux. »

Deux prototypes avant 2021

« En 2014, je me suis lancé dans la construction de l'engin. Je suis parti d’un semoir de 4 m Amazone D7 Super-5 que j’ai acheté à un ami. Sur celui-ci, j’ai récupéré le châssis, la trémie et j’ai juste retiré les sabots. Cette version a bien fonctionné pendant 4 ans et a même servi pour implanter de l’herbe » explique Gaëtan. Mais le souci de ce semoir, c'est qu’il nécessitait un passage préalable de déchaumeur à disques. Gaëtan estimait que ça faisait trop de passage et de tassement dans les parcelles. En 2018, pour remédier à ce problème, il a ajouté au premier semoir un châssis monté sur un système de parallélogramme sur lequel il a installé des dents de vibroculteur. « J’ai récupéré les dents d’un Germinator sur lesquelles j’ai fixé des descentes reliées à la trémie par des tuyaux annelés. En faisant faire des calculs de résistance précis, je me suis rendu compte que les cotes n'étaient pas standards. J'ai tout de même choisi de prendre des dimensions standards, quitte à surdimensionner l'ensemble, car c'était moins cher et plus simple à trouver » indique le concepteur. Suite à une saison 2021 compliquée, Gaëtan a décidé de faire évoluer son semoir « L’année dernière, dans une parcelle de liseron la machine bourrait énormément. J’ai compris que c’était dû à l'espace entre dents de 34 cm qui était insuffisant. Je devais donc améliorer mon système » déclare l’inventeur.

La dernière version semi-portée

« L’année dernière, j’ai décidé de complètement repenser la machine. Pour augmenter l’écart entre dents, je comptais rehausser la trémie. La solution d'un appareil traîné était la plus simple. C'est le fil d'un ami alors en stage sur la ferme qui m’a conseillé d’utiliser la faucheuse John Deere 1360 qui traînait dans la cour. Je m'en suis donc servi pour convertir mon semoir en semi-porté » détaille Gaëtan.  Il a alors repris l’essieu de la faucheuse, mais avant de la démonter, il a pesé l’ensemble pour essayer de garder une masse similaire afin que les vérins de l’essieu ne soient pas en surcharge. Concernant le cahier des charges, cette nouvelle version devait accueillir des disques pour ouvrir et casser les débris végétaux, mais aussi 3 lignes de semis pour avoir un écartement entre pieds de 14 cm et entre dents de 42 cm. Enfin, il devait embarquer la trémie de l'Amazone. « Pour garder une largeur de travail de 4 m, j’ai du passer de 27 à 29 descentes. La nouvelle version a été pensée pour être évolutive. Je sème à une profondeur de 2 et 3 cm un mélange d'avoine et vesce à une vitesse de 8 km/h » précise Gaëtan.

Des contraintes et des améliorations prévues

« La partie la plus compliquée à fabriquer, c'est l’attelage, car il subit beaucoup de contraintes. La plus grande inconnue, c’était la roue d’entraînement : je craignais qu’elle patine trop. Mais finalement, il s’avère que sur les 15 hectares que j’ai déjà semés, je ne l’ai pas constaté. Malgré ça, j’ai conservé le second moyeu pour y ajouter une roue dans le cas où le sol serait trop gras». Concernant les améliorations, il est prévu d’ajouter des roues sur l'élément de semis pour contrôler plus précisément la profondeur de travail. Des graisseurs vont aussi être montés sur les articulations des disques. « Quand j’en aurai l’occasion, je remplacerais la herse étrille par un rouleau croskillette. Il faudrait aussi que je prévoie des pneus plus larges sur l’essieu pour moins tasser. »