Valoriser son lisier et produire de l’énergie sans y consacrer trop de temps : tels étaient les objectifs de Jean-Marie Merceron quand il a réfléchi son projet de méthanisation avec ses fils Nicolas et Damien. Ils sont associés au sein du Gaec Bois Moine, à Loretz-d’Argenton, dans les Deux-Sèvres. En plus de la polyculture-élevage, l’exploitation produit de l’énergie électrique, notamment grâce à une unité de micro-méthanisation. Celle-ci a été installée en 2019 par Agripower.

Deux moteurs

Cette petite centrale a une puissance électrique de 33 kWe (1), issue de deux moteurs de cogénération qui développent 22 kWe et 11 kWe. « La plupart du temps, les deux moteurs tournent, explique Jean-Marie. S’il n’y a pas assez de biogaz, il y en a un qui s’arrête. » Les vidanges sont réalisées toutes les 800 h de fonctionnement. Agripower n'installe désormais que des unités de plus de 50 kWe.

Gestion automatisée

Ne pas augmenter les besoins en main d’œuvre était essentiel pour les trois associés. L’unité fonctionne en autonomie presque totale. Le lisier arrive par gravité dans une pré-fosse de 18 m3. Un volume de 12 à 14 m3 est envoyé quotidiennement dans le digesteur. « J’ai programmé quatre pompages par jour, à 7 h, 13 h, 19 h et 23 h, expose l’éleveur. Il est possible d’en faire moins si l’on souhaite, cela se gère par internet, depuis un ordinateur ou un smartphone. »

Avant chaque pompage, un brasseur se met en route pendant une quinzaine de minutes, pour homogénéiser le lisier. Au même moment, une autre pompe s’active, au niveau du digesteur, pour faire de la place en évacuant de la matière digérée vers la cuve de stockage de digestats. Le temps de séjour du lisier dans les 300 m3 du digesteur est d'un peu moins de trente jours « Tout cela est piloté automatiquement, poursuit Jean-Marie. Le temps que cela me prend, c’est avant tout de la surveillance. Je relève les niveaux d’huile et m’assure que tout va bien. Ce sont quelques minutes par jour tout au plus. »

Il y a par ailleurs quelques opérations de maintenance à effectuer. « Je dois changer des filtres à charbon dans un intervalle compris entre quelques semaines et trois mois. Cela dépend de l’alimentation des animaux. Plus elle est riche en soufre, plus il faut les changer souvent. » Agripower propose trois niveaux de contrats de maintenance. Jean-Marie a choisi le moins cher d’entre eux « On est plutôt bons bricoleurs sur la ferme, sourit l’éleveur, on arrive à se débrouiller, et les trois quarts des problèmes se règlent au téléphone avec les techniciens. »

Simplicité et autonomie

Ce qui a séduit les associés du gaec, c’est avant tout la simplicité de cette unité. « Une fois qu’un radier a été réalisé, le plus gros du travail était fait. Hors terrassement, la construction a pris deux jours. Puis il a fallu deux autres journées pour faire les branchements et raccords. »

En plus de cette installation très rapide, l’autonomie de cette unité est totale. « J’ajoute quelques issus de silos, et les refus des vaches, glisse Jean-Marie. Il faut faire attention à ne pas trop épaissir le mix, pour que ça reste pompable. Mais le lisier constitue plus de 95 % de ce qui entre dans le digesteur. »

En trois ans et demi, l’installation a produit 800 MWh, et tourne en moyenne à 85 % de sa capacité. Six à sept ans devraient suffire pour un retour sur  cet investissement d’environ 250 000 euros, sans compter les économies d’engrais azotés. L’outil est donc rentable pour l’exploitation. Pourtant, il n’y a pour l’heure pas de valorisation de la chaleur issue des moteurs. « Nous comptions le faire, mais c’était compliqué d’y trouver une rentabilité, il faut une faible distance pour le circuit de chaleur, regrette Jean-Marie. Nous avons tout de même des échangeurs à plaque déjà installés, prêts à être raccordés au cas où. » La stabulation permanente facilite la production, mais Agripower affirme qu’il est tout à fait possible de bénéficier de ce type d’installation dans un système qui comprend du pâturage, même en bio.

(1) kWe : kilowatt électrique. C'est l'unité de mesure qui décrit la puissance électrique nette développable de l'installation, sans prendre en compte l’énergie thermique.