« Ça fait plus de 10 ans que je fais du semis à la volée avant récolte, mais jusqu’ici je le réalisais avec un distributeur à engrais » explique Guy-Michel Desmartins, agriculteur bio à Villeneuve-la-Dondagre (89) dans le nord de la Bourgogne. C’était une technique simple, mais avec différents inconvénients « J’avais notamment de la casse sous le tracteur, j’ai donc cherché une solution plus optimale. Derrière ce projet, j’avais l’idée d’implanter efficacement une culture, pour réaliser une seconde récolte sur mes parcelles. Xavier m’a alors proposé son M44D comme base pour un nouveau projet » se souvient l’agriculteur. « Il était chez moi, mais je ne m’en servais plus. Ces machines ne valent plus grand-chose » confie Xavier Groeneweg, également exploitant, à quelques kilomètres de chez Guy-Michel. 

Les deux bricoleurs sont donc partis de ce vieil automoteur de pulvérisation Matrot de 1992. « La première année, nous avons démonté le circuit de pulvérisation, placé sur la rampe et nous y avons monté trois distributeurs Delimbe à la place, un au milieu et deux sur les extrémités. L’idée est de réaliser un double recroisement ». Chaque semoir est espacé de 12 m, alors qu’il épand sur 24. La largeur réelle de travail est ainsi de 36 m. Pour avoir la bonne longueur de rampes, les extensions de la rampe de 36 m ont été démontées, pour être remplacées par des plus petites en acier, faites maison. Ainsi, la machine travaille sur 36 m de large lorsque les extensions sont dépliées et sur 24 m de large lorsqu’elles sont repliées. « Notre réalisation fonctionnait plutôt bien, mais avec des petites trémies situées à trois endroits différents, l’autonomie comme l’ergonomie, n’était optimale. »

Augmenter l'autonomie

« C’est en discutant avec Claude Feraud, de la fédération des chasseurs de Seine-et-Marne, (voir encadrée) que ce dernier nous a motivés pour pousser notre réalisation plus loin. En effet, il m’a proposé de réaliser des semis de couvert en prestation, pour la fédération. Sans cette demande, je ne me serais pas lancé dans une si grosse modification »

Le M44D est donc retourné à l’atelier pour passer à la vitesse supérieure. « L’idée était d’avoir plus d’autonomie et une solution plus facile à remplir. Nous avons donc démonté la cuve et tout le système de circulation, pour mettre une trémie à la place » détail Guy-Michel. Les deux amis avaient d’abord pensé utiliser une trémie frontale présente sur une des exploitations. « Elle était munie d’un double doseur et possédait une soufflerie dimensionnée pour envoyer les graines assez loin, malheureusement il manquait 70 cm de longueur pour la faire rentrer sur la machine ». Les deux agriculteurs ont finalement monté une vielle trémie, présente chez Xavier, qui avait déjà été modifiée. « C’est sa troisième vie » plaisante Xavier.

« J’ai repris le moteur hydraulique qui animait la pompe, pour entraîner la soufflerie de la trémie. Ainsi je l’active facilement depuis la cabine » explique Guy-Michel. La distribution est entraînée électriquement. Elle récupère une information de vitesse sur une antenne GPS, afin de réaliser un DPAE. En cabine, l’agriculteur gère la distribution sur son smartphone, grâce à une application.

Un circuit de distribution pneumatique

Le but de cette trémie, est d'alimenter en permanence les trois semoirs Delimbe. Il a donc fallu créer de toutes pièces un circuit de transport pour les graines, afin de les acheminer de la distribution principale, vers les trois petites trémies placées sur les rampes.  « Ça n’a pas été simple, nous avons passé 1 mois dans l’atelier juste pour réaliser cette partie. Transporter des graines avec de l’air, c’est un métier ! » reconnaît volontiers Guy-Michel. Le circuit est composé de tuyaux rigides et souples. Une tête de répartition est placée sur le cadre principal de la rampe, pour diviser le flux vers les trois trémies. Pour passer le volume, les graines sont acheminées par deux tuyaux pour chaque semoir. La tête comprend donc 6 descentes « J’ai mis un système clapets électrique sur les descentes des semoirs extérieurs. Ainsi je peux faire de la coupe de section. » précise Guy-Michel. 

« J’avais des problèmes de bouchage lors des essais, j’ai donc rajouté une seconde soufflerie au niveau de la rampe, elle apporte plus de puissance à différents endroits stratégiques du circuit de distribution ». Une fois encore, cette soufflerie est entraînée par un moteur hydraulique qui était déjà présent sur l’automoteur.

Une fois que les graines sont arrivées dans les semoirs placés sur les rampes, elles sont épandues à la volée grâce à un disque entraîné électriquement. « Pour fournir le courant nécessaire à faire fonctionner les trois semoirs en permanence, j’ai ajouté un second alternateur sur le moteur et une seconde batterie. Ainsi ils ont leur propre circuit. » Chaque semoir est piloté par un petit boîtier en cabine. Guy-Michel peut alors faire varier la dose avec potentiomètre.

Chez lui, l’agriculteur bio a implanté avec succès du sarrasin qu’il compte bien récolter. Cette année, ce sont également près de 200 ha de couvert, qui ont été épandus en prestation, principalement dans le sud de la Seine et Marne. Ce chiffre pourrait monter l’année prochaine à 300 voire 400 ha, implantés avec l’invention de Guy-Michel et Xavier.