Au domaine de la Bourdasse, à Pradelles-en-val dans l'Aude, la canicule n'a pas perturbé les bufflonnes. « Elles s'adaptent aux fortes chaleurs à condition d'avoir un bassin où se rafraîchir, car comme les porcs elles ne suent pas. Cet été, elles ont continué à bien s'alimenter et leur production de lait n'a pas fléchi », apprécie Edoardo Antonini.

Avec sa femme Alexandra, ils élèvent 35 mères en bio sur 60 ha de pâtures et de parcours, et transforment 40 000 l de lait par an. Conduites en plein air, les bufflonnes disposent d'un tunnel d'élevage pour s'abriter. « Pour démarrer en 2015, nous avons acheté une vingtaine de mères dans le Cantal. Puis nous avons augmenté peu à peu l'effectif, tout en triant afin de garder les meilleures femelles », note-t-il.

Pour faire leur choix, les deux éleveurs regardent en premier lieu le comportement à la traite. « Les bufflonnes ont leur caractère ! Il faut qu'elles acceptent de se laisser traire et qu'elles donnent assez rapidement leur lait », note-t-il. La productivité ne vient qu'en second lieu. Pour l'instant, celle-ci se situe autour de 1200 l par bufflonne et par an. « Mais avec un taux butyrique de 85 g/l et un taux protéique de 45 g/l, le rendement fromager atteint 25 % », note Edoardo.

Avec une saison naturelle de lutte en novembre et décembre et une gestation de 310 jours, les mises-bas arrivent théoriquement en septembre et octobre. « La lactation ne dure que 200 à 250 jours. Pour avoir quand même du lait l'été, au moment où la demande en mozzarella est la plus forte, nous laissons le buffle en permanence dans le troupeau. Nous arrivons ainsi à étaler les vêlages afin d'avoir du lait à transformer toute l'année ».

Des aliments achetés

En lactation, les bufflonnes reçoivent du foin de prairie naturelle et du foin de luzerne ainsi qu'un mash associant orge, maïs, tourteau de soja, luzerne déshydratée et graines de lin. « Nous leur en donnons en moyenne 1,5 kg par jour et par tête durant la traite. Pendant qu'elles mangent, elles se laissent traire plus volontiers », précise Edoardo. En monotraite, il lui faut 45 minutes pour passer tout le troupeau avec une salle de traite de 2 x 3 postes équipée de deux quais. 

Les deux éleveurs achètent le foin et le mash car ils n'ont pas de terres adaptées pour les produire. Les pâtures et les parcours fournissent la ration des taries et des jeunes buffles. « Nous venons de reprendre 30 ha de plus pour les vaches nourrices », précise-t-il. Le prix du mash atteint actuellement 1000 €/t. « C'est cher. Mais il soutient bien la lactation », note-t-il. Le foin, lui, revient à 140 €/t.

Pour progresser, les deux éleveurs prévoient de resemer des pâtures et de mieux faire tourner les animaux dans les parcs. Ils vont aussi acheter quelques vaches nourrices de plus afin de laisser moins longtemps les jeunes buffles têter leur mère. « Nous avons déjà sept brunes des alpes qui prennent le relais des bufflonnes au bout d'un mois. Une fois que celles-ci n'allaitent plus, elles donnent deux fois plus de lait à la traite ! ».