« Les crises d’influenza aviaire ont démontré l’importance d’une observance rigoureuse et pérenne de la décontamination des infrastructures et des matériels utilisés pour l’élevage », souligne l’Institut technique de l’aviculture (Itavi). Avec ses partenaires (1), l’Itavi a mené 68 enquêtes afin de « décrire les pratiques d’utilisation des désinfectants et objectiver ces risques pour la santé ». Dans cette cohorte, 25 élevages de poulet de chair (situés en Bretagne), 19 ateliers de canards en gavage (Bretagne et Nouvelle-Aquitaine) et 6 élevages de canards prêts à gaver (Nouvelle-Aquitaine) ont été interrogés sur leurs pratiques (2).

La plupart des producteurs de canards, désinfectent l’intérieur de leurs bâtiments « en l’absence de ventilation, portails fermés et ventilateurs arrêtés ». Les produits de la famille des ammoniums quaternaires associés à des aldéhydes sont presque exclusivement utilisés. Ils sont appliqués avec des canons à mousse ou des lances de pulvérisation. Les abords et les parcours sont désinfectés avec des bases à l’aide d’épandeurs d’engrais. Il s’agit le plus souvent de chaux, sous forme pulvérulente.

Risque d’éclaboussures

De leur côté, la majorité des éleveurs de poulets interrogés désinfectent leurs bâtiments « avec les portails largement ouverts ou avec la ventilation en fonctionnement ». La moitié d’entre eux réalisent une seconde désinfection, cette fois, avec les portails fermés et les ventilateurs arrêtés. Là encore, l'utilisation des ammoniums quaternaires associés à des aldéhydes, ainsi que des bases pour les abords et les sols en terre battue, prévaut. Le matériel employé pour l'application est plus diversifié. « Outre les canons à mousse, lances de pulvérisation et épandeurs, la brumisation, la nébulisation et la fumigation sont très utilisées », note l’Itavi. Il est à noter qu’une fois par an, certains éleveurs recourent à un produit contenant du formaldéhyde, classé comme cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction. Une opération déléguée à une entreprise de prestation. « Cette désinfection renforcée est réalisée lorsque les producteurs sentent que la pression sanitaire augmente, afin de repartir d'un environnement plus neutre pour les prochains lots d’animaux », explique Marion Ruch, chargée d’études et de conseil en productions avicoles à la Chambre d’agriculture de Bretagne.

Tous ces procédés dispersifs plébiscités par les éleveurs induisent un niveau élevé de « risque résiduel par inhalation ». Certaines tâches sont aussi génératrices d’éclaboussures et d’aérosols. C’est notamment le cas du remplissage du matériel d’application des désinfectants. En élevage, la manière la plus courante de réaliser cette opération est « le versement du produit dans le réservoir, à la main, directement depuis le bidon ».

Si le port d’équipements de protection individuelle (EPI) est indispensable, quelques mesures de prévention peuvent être envisagées, comme l’usage de produits moins nocifs pour la santé, et en moindre quantité. Pour autant, « c’est souvent difficile au regard des enjeux sanitaires », pointe Marion Ruch. Recourir à des méthodes protégeant davantage peut s’envisager plus aisément. « Pour le remplissage, on peut opter de préférence pour des pompes doseuses plutôt que de verser les produits à la main », illustre la conseillère.

(1) Chambre d’Agriculture de Bretagne, Anses, MSA d’Armorique

(2) Cette enquête a aussi concerné des entreprises d'accouvage et d'abattage