Observer les comportements des porcelets en maternité, identifier des styles sociaux précoces et évaluer l’influence des caractéristiques individuelles sur ces styles sociaux : tels étaient les objectifs des chercheurs du département Physiologie animale et systèmes d’élevage (Phase) de l’Inrae. Les résultats de leurs travaux, menés en 2020 au sein l’atelier porcin biologique du site expérimental de Lusignan (Vienne), ont été publiés en juin dernier.

Pendant 8 heures en continu, les comportements de 68 porcelets (mâles entiers et femelles) issus de 12 portées ont été passés à la loupe à l’âge de 21 jours, puis de 42 jours. Il est à noter que les dents et les queues des porcelets n’ont pas été coupées, et qu’ils étaient logés sur paille. Il en ressort que les attitudes « socio-positives » prévalent. Ainsi, 78 % des comportements émis aux deux âges étaient du flairage, de groin à groin, ou de groin à corps. La part des comportements agonistiques (agressifs) s’établissaient à 8 % à 21 jours, et à 12 % à 42 jours. Celle des autres comportements sociaux (chevauchements, bousculades) s’établissait respectivement à 14 % et 9 %. « Les jeux sociaux tels que les combats représentaient 22 % de toutes les interactions (émises et reçues) aux deux âges », complète Caroline Clouard, chargée de recherche sur le comportement et le bien-être du porc à l'Inrae.

Les « inactifs » mal en point

A partir de ces observations, trois styles sociaux ont été établis : les procelets socialement actifs (à l’origine des interactions), ceux socialement inactifs et faiblement sollicités, et les « éviteurs », « fortement sollicités, mais ne répondant pas aux sollicitations », indique l’étude. Un lien avec le sexe de l’animal a été établi. Les animaux inactifs étaient principalement des femelles, alors que les mâles étaient majoritaires chez les actifs. En outre, les mâles ont émis davantage de comportements agonistiques, de chevauchements et de bousculades, et ont été plus souvent impliqués dans les phases de jeu social. Ils ont au contraire fait preuve de moins de comportements d'évitement que les femelles.

Sur le volet de la santé, « des données physiologiques ont été collectées sur les porcelets la veille de l’observation de leur comportement », précise Caroline Clouard. Et le constat est sans appel : les porcelets socialement inactifs se démarquent par de fortes concentrations sanguines en haptoglobine sérique, un marqueur d’inflammation, et par une croissance moindre que les porcs actifs. De quoi suggérer un « état de santé altéré » chez ces animaux. Les « éviteurs » présentent de leur côté des valeurs intermédiaires.

Si ces travaux visent, à terme, à évaluer l’aptitude des porcelets à s’adapter au sevrage (lire l’encadré ci-dessous), « on peut envisager l’observation des comportements sociaux comme un diagnostic de santé non invasif à part entière », estime la chercheuse de l’Inrae.