L'été revient, les mouches aussi. Elles peuvent véhiculer certaines pathologies chez les bovins comme la kérato-conjonctivite infectieuse bovine (KCIB), une affection oculaire très fréquente et contagieuse occasionnée par différents agents infectieux. Le plus souvent, « la kératite est due à la bactérie Moraxella bovis, transmise d’un animal à l’autre par transport passif via les pattes des mouches », explique Joannick Dorso, vétérinaire conseil chez Seenovia. Des facteurs prédisposants peuvent accroître les risques d’irritation tels que la poussière, les rayons UV, certaines graminées montées en graines au pâturage ou encore le stress. « En l’absence de traitement rapide, la maladie peut toucher jusqu’à 75 % du lot », révèle l’expert, d’où la nécessité de s’en préoccuper dès la manifestation des premiers symptômes.

Pour s’éviter de tels tracas, il faut d’abord limiter la pression des mouches (1). Au cœur de l’été, l’éleveur peut avoir recours à des insecticides vétérinaires externes autorisés sur le dos des animaux. « Mais cela nécessite une contention et une application individuelle », indique Joannick Dorso, qui évoque comme alternative les compléments alimentaires à base d’ail. Sous forme de pierres à lécher, cette option est plus simple à mettre en œuvre, notamment lorsque les animaux sont en pâture. S’agissant du coût, les deux traitements sont de l’ordre de 1 à 2 € par animal pour une durée d’un mois, d’après l’expert.

Soins de première intention

L’autre clé pour limiter la contagion réside dans l’isolement rapide et l’intervention précoce sur les bovins malades. « En première intention, un miel de qualité, qui possède des propriétés régénérantes et des actifs antiseptiques, fait office de bon remède », confie Joannick Dorso. L’huile essentielle d’arbre à thé, contenue dans certains produits d'hygiène, peut s'avérer aussi efficace en complément du miel. « Elle dispose de vertus bactéricides mais reste suffisamment douce pour être appliquée au contact de la muqueuse oculaire », reprend le vétérinaire conseil.

Lorsque le stade d’infection est trop avancé, l’application quotidienne d’une pommade ou d’un collyre ophtalmique avec antibiotiques est nécessaire. « Le traitement se révèle souvent salvateur mais il implique des délais d’attente réglementaires de sept jours en lait et de vingt-huit jours en viande doublés en agriculture biologique », prévient l’expert. « Dans les cas graves, le vétérinaire traitant doit intervenir pour des injections sous-conjonctivales d’antibiotique, voire une intervention chirurgicale, qui peuvent coûter jusqu’à 200 € par animal », calcule-t-il. Pour ne pas hypothéquer les chances d’une complète guérison, il faut veiller à soustraire les animaux à toute lumière vive et limiter la compétition pour la prise alimentaire. 

(1) Prévenir l’arrivée des mouches dans les élevages, La France Agricole n°3951 page 29