Producteur de lait pour la fabrication du brie de Meaux, Philippe Collin cultive des betteraves depuis quatre ans. « Le cahier des charges a été modifié il y cinq ans, indique l'éleveur, installé à Resson, dans la Meuse. Comme notre surface en herbe n’est pas suffisante, la seconde option pour y répondre est d’intégrer des betteraves dans la ration. Acheter de la pulpe est une solution, mais c’est onéreux. » Alors, sous l’impulsion de leur laiterie, l’ULM, plusieurs agriculteurs du secteur ont démarré la culture. Dans la région, la betterave fourragère a disparu avec l’arrivée du maïs, il y a 40 ans. « C’est une plante exigeante. Il ne faut pas de dévers, pas de cailloux. La deuxième année, j’ai dû la semer deux fois. » Le rendement moyen est de 50 t par hectare, avec d'importantes disparités (de 25 à 100 t/ha).

L’exploitation de Philippe compte au total 258 ha, dont 30 ha de maïs, 50 ha de prairies naturelles, 5 ha de betteraves. Le troupeau de 70 vaches laitières produit 600 000 l de lait par an. Sur la ferme, le stockage des betteraves fourragères se fait en tas, à l’abri. Elles sont chargées directement dans la mélangeuse et distribuées à raison de 2 kg (équivalent MS) par vache et par jour. « C’est un aliment très appétent et très énergétique, souligne l’éleveur. On n’en retrouve jamais dans l’auge. J’ai aussi observé une augmentation des taux : 1 point de TP, 1,5 point de TB. »

Attention aux pathogènes

En 2021, la récolte de betteraves est très bonne (61 t/ha). Fin mars 2022, Philippe, se retrouve avec du surplus. Or, la plante entière ne se conserve guère au-delà de quelques mois. Lionel Vivenot, le conseiller de l'ULM, leur propose alors de tester l’ensilage. La prestation est réalisée par un entrepreneur belge. La machine lave les betteraves, enlève les cailloux, broie. Le coût s'est élevé à de 1335 € pour Philippe qui a récupéré environ 80 t de produit. Il l’a stocké dans un silo à maïs dont il adapté la réalisation. « J’ai mis une couche de foin bien sec dans le fond, pour absorber les jus, puis une couche d’ensilage de maïs, enfin au-dessus les betteraves broyées, sur 80 cm d’épaisseur. Je ne mets pas de conservateurs. L’ensemble est très dense. Puis j’ai couvert le tout. » Le volume du silo est de 140 m3.

«  Il faut faire attention aux pathogènes, en raison de la terre, souligne l'éleveur. Le lavage permet de prévenir ce problème. » Philippe a commencé à distribuer cet ensilage de betteraves trois semaines après sa confection.  « Dans l’ensemble, c’est un système qui me convient bien, même si je ne ferai pas plus que 5 ha pour des raisons de main d’œuvre. Sur l'ensilage, nous sommes encore en phase de test. Il n’y a pas de problème métabolique sur les vaches, même s’il faut faire attention à la fermentation alcoolique. » L’objectif de l'éleveur est de tenir avec cet aliment jusqu’à la prochaine récolte.