Passionné de génétique, Cédric Goy a toujours élaboré les plans d’accouplement du troupeau prim'holstein de la ferme familiale, à Nantoin (Isère). Avant même d’y travailler comme salarié, de 2012 à 2017, puis de s’y installer, il s’est formé pour pratiquer lui-même les inséminations artificielles.

Sa première demi-journée de formation, dispensée par l’entreprise Bovec, comprenait « deux heures de théorie suivies de deux heures de pratique à blanc sur les vaches », se souvient-il. Il avait ensuite un mois pour s’entraîner avant de refaire le point avec le formateur. « Le geste technique s’acquiert vite », assure l’éleveur, dont la première vache inséminée a pris du premier coup. « Mais toutes les vaches sont différentes : il faut s’adapter à chacune. Le plus important est d’être calme. En se mettant la pression, on bataille beaucoup plus ! »

Dans son troupeau de 55 laitières, le turn-over est rapide : 2,1 lactations par vache en moyenne. Les primipares, qui vêlent à deux ans, représentent 31 % des effectifs. L’éleveur privilégie les semences sexées, plus fragiles, mais ses résultats sont satisfaisants : 56 % de réussite en première IA et 1,8 IA par fécondation, pour un troupeau de hautes productrices qui tourne à 38 kg/VL/jour en ce mois de juin.

Avec la pratique, Cédric Goy met dix minutes à réaliser une IPE (insémination par l’éleveur), sur une vache bloquée au cornadis. « Le gros avantage est qu’on intervient exactement quand on veut, y compris le dimanche, souligne-t-il. Une vache que je vois en chaleur le matin est inséminée le soir, et une qui est en chaleur le soir sera inséminée le lendemain matin. »

Intervenir au bon moment

« Au début, il faut beaucoup s’entraîner, mais certains y arrivent plus rapidement que d’autres, observe Franck Chevallet, formateur chez Bovec. Une pratique régulière permet d’être plus efficace. Chez les éleveurs, le manque de pratique est compensé par la possibilité d’inséminer au moment optimal, contrairement aux inséminateurs dont les tournées sont de plus en plus grandes. De plus, les animaux sont moins stressés avec leur éleveur. Le fait de limiter les interventions de personnes extérieures a aussi un intérêt sanitaire. » Constatant une explosion des demandes de formation depuis deux ans, le technicien est persuadé que l’IPE va encore se développer. « Ceux qui commencent reviennent rarement en arrière, observe-t-il. Mais il faut avoir envie de gérer cet aspect du troupeau, car cela prend un peu de temps. La motivation ne doit pas être seulement économique. »

L’IPE requiert un investissement de départ – outre la formation dont le coût peut être allégé par des aides Vivea et un crédit d’impôt. Une cuve à azote censée durer 20 à 30 ans coûte aujourd’hui de 680 à 750 €, un décongélateur à paillettes autour de 200 € et un pistolet à raison de 20 à 30 €. Il faut ensuite prévoir environ 40 € de recharge d’azote par trimestre. « En moyenne, l’IPE permet d’économiser 30 € par acte d’insémination, correspondant au déplacement et à la mise en place », résume Franck Chevallet. De quoi dégager du budget pour la génétique. Cédric Goy passe quatre commandes par an pour dix à quinze taureaux, dont les doses coûtent entre 35 € (doses conventionnelles) et 55 € (doses sexées). Il fait appel à l’inséminateur pour les échographies et les constats de gestation, systématiques. 

« Le taux de réussite ou d’échec ne dépend pas que de l’inséminateur, mais aussi beaucoup de l’alimentation et la santé des vaches, rappelle-t-il cependant. La base reste d’avoir un troupeau qui va bien ! »