« Alors que nous ne maîtrisons pas nos prix de vente, agir sur nos charges est notre seul levier », analysent Laurent et Didier Bonin, éleveurs de bovins en système naisseur-engraisseur à Magny (Yonne). En recherche d’autonomie alimentaire et protéique, « nous nous inspirons de ce que font les producteurs en agriculture biologique, mais aussi de ce que faisaient nos grands-parents », rapportent les deux éleveurs.

Laurent et Didier ont réalisé un diagnostic CAP’2ER en août 2020 à partir de la comptabilité de 2019. Il a montré que l’exploitation émettait 1 804 tonnes équivalent CO2, mais qu’elle en stockait aussi 333 t grâce à ses prairies et ses 9 km de haies. 22 % des émissions brutes de GES et 41 % des émissions de méthane entérique sont ainsi compensées.

Sur la ferme, 52 % des émissions de gaz à effet de serre sont générées par la fermentation entérique des animaux (méthane). La gestion des effluents d’élevage (dégagement d’ammoniac) intervient pour 23 %, les achats d'aliments et de paille pour 13 %, les achats d’engrais pour 2 %. « Nous avions l’impression de bien travailler, mais nous nous sommes rendu compte qu’il y avait encore des points à améliorer », commentent les deux frères associés. C’est par exemple le cas pour la gestion des effluents. « Le fumier, issu des litières paillées, n’était pas enfoui sous 48 heures. C’est fait désormais ».

© Anne Bréhier - Alors qu'une cinquantaine de mâles sont vendus en jeunes bovins, les femelles sont commercialisées en babynettes.

Dans la foulée du diagnostic, un plan d’action sur cinq ans a été élaboré pour réduire l’empreinte carbone de l’exploitation. L’augmentation de la surface en luzerne (passée de 4 ha à 8 ha entre 2019 et 2022, avec un objectif à 10 ha d’ici à 2025), doit permettre d’accroitre l’autonomie protéique de l’élevage de 56 à 65 %. La légumineuse « nettoie » les parcelles et constitue un très bon précédent pour du blé, semé sans travail du sol, ni apport d’azote. L’implantation de 22 ha de méteil (triticale, avoine, pois fourrager, vesce) ensilé et incorporé dans la ration des allaitantes, va aussi contribuer à renforcer l’autonomie alimentaire du troupeau et à réduire la consommation de concentrés. Semé sous couvert de méteil, un ray-grass d’Italie servira ensuite de tête de rotation. En 2023, 5 ha de méteil grain (triticale, avoine, pois fourrager, féverole) seront cultivés et distribués aux génisses d’un an. Ce sera, une fois encore, de l’aliment en moins à acheter.

« Nous pensions bien travailler, mais des points étaient à améliorer. »

Vêlages plus précoces

Les actions mises en œuvre dans le cadre de la démarche Carbon Agri portent aussi sur l’amélioration de la conduite du troupeau. Pour augmenter la productivité, les éleveurs développent la part des vêlages de moins de 30 mois en la passant de 40 à 50 %. Grâce à une vaccination complète contre les diarrhées néonatales, le ratio de veaux sevrés sur nombre de vêlages a progressé depuis 2019, passant de 96 % à 99 %. L’analyse de la qualité des colostrums au réfractomètre a conforté les éleveurs dans leurs pratiques d’alimentation. Initialement valorisées en génisses de 28 mois, les femelles sont désormais commercialisées en babynettes dans le cadre d’un contrat avec Moy Park. En les vendant à 16 mois, à 367 kg de carcasse en moyenne, les éleveurs gagnent un an sur le cycle de production. Au lieu de rester en bâtiment l’été, les animaux sont trois mois au pré.

Les objectifs sur lesquels se sont engagés les éleveurs semblent en bonne voie d’être réalisés. 687 t de carbone devraient ainsi être économisés d’ici à 2025. Les crédits carbone ainsi générés seront vendus. La recette attendue est de 20 610 € (sur la base d’un prix payé de 30 €/t). Cette somme servira à acquérir un godet nettoyeur et épierreur pour les 3 ha de betteraves fourragères et à financer de nouvelles actions. La paille achetée pour les litières pourrait être remplacée par un nouveau substrat à pouvoir absorbant supérieur comme le miscanthus.

Outre le chiffre d’affaires supplémentaire issu de la vente des crédits carbone, les agriculteurs bénéficieront des gains générés par l’amélioration des performances et la réduction des coûts. Avec les semis directs de luzerne et de méteil, la consommation de fuel devrait diminuer. Grace à l’incorporation de betteraves, de luzerne et de méteils dans les rations des vaches allaitantes, des jeunes bovins et des babynettes, le volume de concentré (céréales autoconsommées incluses) doit passer de 1 630 kg par UGB à 1 400 kg d’ici à 2025. Entre 2019 et 2021, la production de viande par UGB est passée de 387 kg à 419 kg.

Dans le cadre du premier appel à projets, le coût de la démarche, et de la certification (2 000 €) a entièrement été pris en charge par France Carbon Agri et la coopérative Sicarev, à laquelle Laurent et Didier adhèrent.