Au Gaec Laporte, les ventes de génisses et de vaches de boucherie dominent aujourd’hui dans le chiffre d’affaires, alors qu’il y a vingt ans c’était celles des broutards. « Nous engraissons des vaches de réforme pour le label rouge Bœuf fermier aubrac en visant l’été, période à laquelle cette filière manque d’animaux pour répondre à la demande, ainsi que des génisses croisées aubrac x charolais », détaillent Patrice et Olivier Laporte, qui élèvent 110 aubracs avec leur mère au Buisson, en Lozère.

Tri à la fin des vêlages

Sélectionneurs, ils associent monte en main et insémination pour réaliser leur plan d’accouplement. « À la fin des vêlages, groupés sur décembre et janvier, nous trions les vaches qui manquent de lait ou ont trop de caractère, et nous les regroupons dans un lot destiné à l’engraissement », note Patrice. En mai, ces mères restent en stabulation alors que les autres pâturent. « Nous leur distribuons à volonté des foins de prairie naturelle et de seconde coupe de luzerne, auxquels nous ajoutons du triticale produit à la ferme et un correcteur azoté agréé par la filière », expose Olivier.

Au cours de la finition, l’apport de correcteur augmente progressivement de 2 à 3 kg par tête et par jour. « Nous utilisons une formule associant luzerne et tourteaux de colza, soja et lin. Son coût est actuellement de 390 €/t. Mais elle améliore bien le persillé de la viande », indique Patrice. L’apport de céréales passe, lui, de 3 à 5 kg. « Nous ajustons les quantités distribuées à la main à l’état de chaque vache, et nous prolongeons la finition lorsque c’est nécessaire afin d’obtenir des carcasses classées en 3. »

Dans la grille de prix minimum conseillé établie par les opérateurs de la filière Bœuf fermier aubrac, les carcasses classées en 2 subissent une décote de 1 €/kg. « Nous l’avons renforcée pour inciter les éleveurs à améliorer ce point, essentiel pour les bouchers », explique Claire Védrine, l’animatrice de la filière. En poids, leur demande porte surtout sur des carcasses de 400 à 480 kg. « En 2021, celles qui ont été commercialisées durant l’été ont bénéficié d’une prime de 40 à 80 € par tête en fonction des périodes », précise-t-elle.

Des kilos et du gras

Au Gaec Laporte, les vaches et les génisses en finition sont regroupées l’été dans la nouvelle stabulation, une fois le reste du troupeau parti en estive. « Dans ce bâtiment bien isolé et ventilé mécaniquement, la température reste en dessous de 20 °C. Les bêtes mangent mieux et prennent plus facilement des kilos et du gras, ce qui nous aide à régulariser la qualité », observe Olivier. En 2021, le poids moyen des bêtes labellisées, à l’exception des deux vendues en concours, s’est établi à 454 kg, avec une conformation en R+ ou U- et un prix moyen de 5 €/kg. Ces vaches, qui doivent avoir moins de dix ans pour être labellisables, sont commercialisées par le groupe Unicor, de même que celles qui sont plus âgées. Les génisses croisées, elles, sont destinées à un boucher.

Préserver l’autonomie alimentaire

Le Gaec Laporte est autosuffisant en fourrages, céréales et paille. « Nous n’achetons que le correcteur azoté et l’aliment complet utilisé pour alourdir les broutards », relèvent les deux frères. Afin d’améliorer l’autonomie protéique, ils ont introduit des méteils et de la luzerne dans leur assolement. « En chaulant, nous sommes arrivés à remonter le pH du sol à 6. La luzerne pousse bien et fournit deux coupes plus un pâturage », apprécie Patrice. Ils ont aussi amélioré le rendement du triticale, qui s’établit à 55 q/ha depuis plusieurs années. « Ces évolutions nous ont permis d’engraisser plus d’animaux sans augmenter nos achats », résume Olivier.

Dans les années à venir, le challenge sera de préserver cette autonomie malgré les dégâts croissants des rats taupiers ainsi que des sécheresses plus marquées. « Si cela devenait nécessaire, nous sommes prêts à diminuer l’effectif d’une dizaine de vaches pour maintenir l’équilibre. »

Frédérique Ehrhard