«Les incertitudes récurrentes pesant sur le marché du broutard en Italie, avec des exigences sanitaires croissantes et des prix en baisse, poussent à la réflexion (lire en p.14), explique Cédric Fournier, installé depuis le 1er janvier 2019 à Luneau dans l’Allier, avec son père Hubert et son oncle Bertrand. L’an passé, nous avons décidé de ne vendre aucun broutard et de les garder pour en faire des jeunes bovins (JB). »

Anticiper les besoins alimentaires

L’exploitation familiale compte 150 vaches charolaises sur une SAU de 250 ha, partagée en 150 ha de prairies et 100 ha de cultures. « Ce choix d’engraisser les mâles a été possible car nous avons des cultures susceptibles d’être autoconsommées, poursuit-il. Nous avons aussi une expérience acquise avec l’engraissement de toutes nos réformes, la production de vaches de boucherie ainsi que celle de “babynettes”, des génisses de moins de 30 mois et moins de 360 kg de carcasse, pour la coopérative Sicagieb. »

L’année 2019 a été le théâtre de plusieurs évolutions pour le système de la famille Fournier. Afin d’anticiper des besoins alimentaires plus conséquents, l’irrigation a été installée sur 40 ha de sols sableux, situés en bord de Loire et destinés à du maïs et de la luzerne. Quelque 25 ha de sols argileux ont également été drainés. « Notre objectif est d’être autonomes, ce qui n’est pas toujours le cas les années de sécheresse, poursuit le jeune éleveur. Nous avons revu notre assolement en augmentant la surface de luzerne, en semant davantage de maïs ensilage après l’orge et 7 ha de méteil. Nous avons aussi implanté des betteraves fourragères, moins exigeantes en eau que le maïs et dont le rendement de 12 à 13 t de matière sèche à l’hectare pour 1,15 UF apporte satisfaction. »

Ration humide unique

Alors que la ration complète des bovins à l’engraissement était différente entre l’été (ration sèche avec paille, foin de luzerne, maïs aplati, céréales aplaties, correcteur azoté et complément minéral vitaminé [CMV]) et l’hiver, les éleveurs ont opté pour une ration humide unique pour mâles et femelles : 10 kg bruts de maïs ensilage, 8 kg de betteraves fourragères, 2 kg de foin de luzerne, 1 kg de triticale, 1,5 kg de tourteau (lin, soja, arachide, colza) et 100 g de CMV, soit 1,60 € par animal et par jour. « Nous réalisons une économie non négligeable de 0,60 € par animal et par jour avec la ration humide par rapport à la ration sèche. Les mâles ont affiché un GMQ de 1 650 g entre le sevrage à 10 mois et la vente entre 16 et 18 mois. »

« Aller jusqu’au produit fini nous donne un autre regard sur le travail réalisé en amont. »

La construction d’un bâtiment réservé aux mâles est en cours (lire l’encadré p. 30). Pour gérer au mieux la charge de travail supplémentaire et anticiper le départ en retraite d’Hubert, dans deux ans, les éleveurs vont agrandir la stabulation et l’équiper d’un système de contention fixe et fonctionnel pour un seul manipulateur. Ces travaux vont leur permettre de loger toutes les vaches sous le même toit. Aujourd’hui, cinquante d’entre elles hivernent à l’extérieur. Deux périodes de vêlage vont être conservées, avec 100 vêlages du 15 septembre au 15 novembre et 50 entre le 15 février et le 15 avril. « Nous optimisons ainsi l’occupation des bâtiments et l’étalement des ventes », précise Cédric. Les premiers jeunes bovins vendus ont affiché une conformation moyenne en U. « Aller jusqu’au produit fini stimule l’envie de faire toujours mieux. Avec les broutards, nous méconnaissons le devenir de nos animaux. Nos vaches sont typées bouchères. Nous allons travailler sur le développement musculaire et la finesse d’os en choisissant des taureaux d’excellente conformation. »

Le débouché des JB français sur le marché national reste un enjeu majeur aux yeux des éleveurs : « Nous croyons à la création d’une filière structurée et l’ouverture de marchés en restauration collective. Nous sommes prêts à en produire davantage en utilisant une partie de nos céréales de vente pour l’engraissement de mâles achetés. »

Monique Roque-Marmeys