En 2005, Fabienne Thouvenin, alors fraîchement installée à Brécé, en Mayenne, voit l’état de son troupeau prim’holstein se dégrader. « À notre arrivée, avec mon conjoint, nous avons limité le maïs au profit du pâturage. Le déficit énergétique s’est creusé, les aplombs se sont fragilisés, les cellules ont grimpé », se souvient-elle. La conversion bio, avec arrêt complet du maïs en 2009, n’arrange rien. Et comme si cela ne suffisait pas, la coccidiose sévit chez les veaux.

Changement de stratégie

Il y a sept ans, les éleveurs ont décidé de revoir totalement leur stratégie. Ils optent pour un croisement trois voies : frisonne, abondance et rouge scandinave, afin de « doper » la rusticité des vaches. Le groupement des vêlages au printemps, pour suivre la pousse de l’herbe et élever les veaux en extérieur, a fait le reste. Les principaux soucis sanitaires ont ainsi été résolus. « Mais rien n’est jamais acquis », déclare l’agricultrice. 

En 2020, le groupe Civam auquel appartient Fabienne s’intéresse à la grille d’évaluation santé Panse Bêtes, éditée par l’Itab (1). « Il s’agit de faire un état des lieux objectif de l’état sanitaire du troupeau, explique-t-elle. Le but est de ne jamais normaliser une situation à problème. »

Quatre étapes

Tout commence par la collecte des données. L’audit se divise en sept volets indépendants : regard global, reproduction, problèmes métaboliques, maladies parasitaires, santé mammaire, santé des jeunes et santé des pieds. Chaque catégorie contient des indicateurs relevant de l’observation, de la mémoire, du cahier sanitaire ou du contrôle laitier. « Il nous a fallu environ une heure pour remplir, sur papier, la cinquantaine d’indicateurs que compte la grille », précise Fabienne.

Les trois étapes suivantes se sont déroulées en groupe : identifier les alertes, en comprendre la cause et y remédier. « Les seuils d’alerte donnés par l’outil ne sont pas à prendre au pied de la lettre, dit-elle. Tout dépend du ressenti de l’éleveur et de la conduite. D’où l’importance d’en discuter avec un tiers. »

L’évaluation n’a révélé que très peu de soucis chez Fabienne. De quoi valider les efforts engagés il y a sept ans. Les rares points de vigilance retenus concernent les boiteries et les taux, mais « il n’y a  rien d’inquiétant, confie l’éleveuse. Quand la longévité est bonne, il faut bien trouver des critères de réforme pour poursuivre le progrès génétique. Concernant les taux, la conduite 100 % herbe joue, et le groupement des vêlages induit une remontée sensible mais logique des taux et des cellules en fin d’année ». Dans le cas des alertes avérées, l’outil dispose d’un guide très complet présentant, pour chaque anomalie, les causes probables à explorer.

« Panse Bêtes peut être utilisé seul, mais discuter des alertes, des causes et des leviers avec d’autres éleveurs, son technicien ou son vétérinaire peut aider, souligne Fabienne. Il ne faudrait pas tourner en boucle ! » Quant au suivi des progrès, et à la veille sanitaire permanente, « il n’est pas forcément utile de refaire l’audit entièrement. Consulter la grille sur un ou deux critères bien particuliers peut suffire ». A. Courty

(1) Institut de l’agriculture et de l’alimentation biologiques.