Pour Cer France Alliance Massif central (1), co-organisateur d’une journée technico-économique à Saint-Flour (Cantal) le 30 mars dernier, l’impact de la hausse des intrants subie depuis fin 2021 sur les charges de production oscille entre +20 € et +35 €/1 000 l de lait et de +40 € à +85 €/UGB (unité de gros bétail) en systèmes viande sur les résultats de 2022-2023 (calcul fait avant la guerre en Ukraine). La chambre d’agriculture du Cantal a dégagé des leviers d’adaptation.

Utiliser les engrais de ferme

Alors que le prix des engrais flambe, réduire les charges de fertilisation sans mettre à mal le potentiel de rendement et de qualité des cultures est un enjeu de taille. Les engrais de ferme constituent d’excellents amendements organiques et basiques. « L’apport régulier de fumier ou de lisier limite celui d’amendements calciques en couvrant jusqu’à 20 % des besoins en CaO (oxyde de calcium) », note Christophe Chabalier, conseiller en agronomie. Ils sont aussi de bons fertilisants azotés, phosphatés et potassiques. Avec un chargement de 1 UGB/ha, ils peuvent couvrir 60 % des besoins en azote et 75 à 85 % des besoins en phosphore (P) et potassium (K).

Pour bien les valoriser, mieux vaut connaître leur quantité, leur composition (variable d’une ferme à l’autre) et leur coefficient d’équivalence engrais. On retient pour l’azote la valeur efficace ou immédiatement disponible.

Ainsi, 30 m3 de lisier/ha, faiblement dilué, équivalent à 140 kg/ha d’ammonitrate 33,5 pour un montant de 115 €/ha (prix février 2022). Les fumiers et les lisiers de bovins offrent une nutrition en P et K équivalente à l’engrais minéral. La culture de luzerne et de méteil constitue également un levier de réduction des engrais. Plusieurs­ formations et repères sont proposés­ par la chambre d’agriculture.

Raisonner l’utilisation du tracteur est le premier levier pour économiser du carburant. Une technique culturale simplifiée réduit de 27 % la consommation de carburant par rapport à un labour.

Tester et connaître son engin aide aussi : 5 à 10 % d’économie par l’entretien et le réglage du moteur, 5 à 8 % par une bonne répartition des masses et une bonne pression des pneus, 10 à 20 % par une conduite avec une plage de régime moteur adaptée (2).

Raisonner le couple tracteur-outil et faire les bons réglages est tout aussi important. L’achat d’un tracteur d’une puissance adaptée aux besoins est également une source d’économie.

Le temps de présence des animaux en bâtiment joue aussi. Une mise à l’herbe anticipée de vingt jours représente une économie de 10 t de paille, 27 t de fourrages, quinze heures de travail et neuf heures de tracteur avec une mélangeuse, soit l’équivalent de 2 €/jour/UGB (3).

« Agir sur sa structure foncière est une stratégie porteuse à long terme, souligne, par ailleurs, Yann Bouchard, ingénieur références Inosys. De 20 à 25 % des consommations de carburant ont lieu lors de déplacements. Une parcelle de culture, c’est 12 à 13 déplacements sur la campagne. Un parcellaire regroupé assure une consommation minorée de 11 %. » M. Roque-Marmeys

(1) Regroupant les CerFrance de l’Allier, du Cantal, du Puy-de-Dôme, de la Haute-Loire et de la Lozère.

(2) Formation Éco-Conduite, Jean-Noël Alary.

(3) Ferme référence Inosys conjoncture 2021.