À la mi-février, l’EARL de La noble épine démarrait sa troisième campagne laitière caprine. « Elle débute avec les mises bas, regroupées entre le 15 février et le 15 mars. Elles se font assez facilement, mais nous avons ensuite un mois très chargé pour la récolte du colostrum et l’apprentissage de l’abreuvement pour les nouveau-nés », précise Frédéric Poinsignon. C’est en octobre 2019 que 320 chevrettes sont arrivées à la ferme, en provenance des Deux-Sèvres, afin de démarrer cette nouvelle activité.

De race alpine, âgées de 5 mois, elles étaient issues de plusieurs élevages, sélectionnées et élevées en « pépinière ». Actuellement, l’atelier totalise 350 chèvres ainsi qu’une petite dizaine de boucs. Située à Riche, en Moselle, la structure s’étend sur 295 ha, dont 60 ha d’herbe. Une vingtaine d’hectares de cultures ont depuis été reconvertis pour produire du foin de luzerne pour ces nouveaux pensionnaires. L’exploitation compte aussi un atelier allaitant de 65 mères charolaises.

« Nous apprenons encore »

« C’est l’arrivée de Mathilde, apprentie en BTS production animale, qui a été le déclencheur pour cette nouvelle production, parallèlement à la demande de l’usine Eurial, de Château-Salins, en Moselle (lire l’encadré ci-contre), explique l’éleveur. Je travaillais seul depuis vingt ans, avec régulièrement des stagiaires et des apprentis. La production de lait de chèvre permet de dégager du revenu et d’embaucher une personne. Aujourd’hui, Mathilde gère l’essentiel du troupeau. Sur le plan technique, nous sommes aussi bien suivis par Eurial, car ce n’est pas toujours évident de démarrer une nouvelle activité, surtout en production animale. Nous apprenons encore. »

Taux butyreux élevé

Les chèvres sont installées dans un bâtiment neuf de 1 500 m2. Il abrite aussi la salle de traite (2 × 30 postes, simple équipement, ligne haute), une nurserie, et une partie pour les chevrettes. Le volume produit est de 360 000 l par campagne. Pour une chèvre en lactation, la ration est composée de foin d’herbe et de luzerne (1 kg de chaque), et de 1,9 kg d’un aliment mélangé (25 % maïs grain, 15 % orge, 60 % aliment du commerce).

« Nous leur donnons aussi 100 g de graines de tournesol par jour, 50 g à chaque traite, ce qui permet d’améliorer le taux butyreux, souligne l’agriculteur. Ils varient entre 45 et 59 g/l, en fonction du stade de lactation. Les taux protéiques oscillent entre 34 et 45 g/l. » Sur la dernière campagne, le lait a été payé 858 €/1 000 l (725 € en prix de base), soit un chiffre d’affaires de 320 000 €.

La reproduction se fait en partie par monte naturelle, avec les boucs présents, et de plus en plus par insémination artificielle, afin de faire progresser la génétique du troupeau. Les mâles sont élevés avec le colostrum et partent à quatre semaines. Toutes les femelles servent au renouvellement. Partent à la réforme les moins productives et celles dont les comptages cellulaires sont trop élevés. Les chèvres de réforme et les chevreaux sont, pour le moment, achetés par des opérateurs de l’Ouest. La chambre d’agriculture de la Moselle travaille à la mise en place d’une filière d’abattage local. Dominique Péronne