D’une puissance de 43 MWc, équivalente à la consommation électrique de douze mille foyers, la centrale de Verneuil, dans la Nièvre, a été installée sur 70 hectares. Sur ces anciennes zones boisées, défrichées dans les années 1950-1960, les terrains hydromorphes craignent l’eau et leur potentiel agricole est faible. Après un important travail de remise en état, le site, organisé en quatre parcs, a été mis à disposition d’Emmanuel Mortelmans, un éleveur qui gère avec sa mère une troupe de mille brebis sur 147 ha de prairies permanentes. Une prairie de mélange a été implantée en septembre 2019 par le propriétaire du site, la société Photosol. L’herbe est valorisée depuis le printemps 2020 dans le cadre d’un pâturage continu. Les parcs sont chargés progressivement à partir de fin février, après l’agnelage. Les agneaux simples sont séparés des doubles. Après leur sevrage à la mi-juillet, les parcelles sont rechargées avec des brebis sevrées. Elles resteront sur place jusqu’en janvier, avant de rentrer en bergerie pour l’agnelage.

« Effet microclimat »

Le chargement moyen est de cinq brebis par hectare. « Dans la conduite du pâturage, l’enjeu est ne pas se tromper au départ sur le chargement, pour ne pas se laisser dépasser par l’herbe, souligne Emmanuel. Après la tonte en mai, il est toutefois possible d’ajuster les effectifs. » Il n’y a pas d’entretien mécanique.

 

Avec deux ans de recul, l’éleveur tire un bilan positif de l’expérience : « Les panneaux protègent les animaux du froid, du gel et du soleil. Au printemps on ne voit plus les agneaux le long des haies, dos courbé. Ils sont couchés sous les tables avec leurs mères. »

Cet « effet microclimat » est également établi par un suivi réalisé par la chambre d’agriculture de la Nièvre. « Les hauteurs d’herbe, mesurées à huit reprises cette année, sont en dessous des préconisations pour le pâturage de brebis en lactation, pointe Christophe Rainon, technicien ovin. Malgré cela, les performances des agneaux non complémentés sous les mères sont maintenues. » Les pertes d’agneaux mis à l’herbe sont moins importantes que pour le lot témoin qui a pâturé sur l’exploitation : 3,6 %, contre 12,7 %. « Cela s’explique principalement par l’effet abri des panneaux et peut-être aussi par la clôture, qui empêche la prédation par les renards. » Afin de confirmer ces éléments, le suivi sera reconduit en 2022.

Pour l’éleveur, « on n’est ni sur du débroussaillage, ni sur de l’écopaturage, mais sur un pâturage productif. Le pâturage sous les tables photovoltaïques (1) m’a permis de décharger les prairies de l’exploitation distantes de 25 km, en réalisant des stocks de foin supplémentaires. » Avec une autonomie fourragère préservée, Emmanuel envisage d’engraisser une partie de ses agneaux à l’herbe. Ils sont, pour l’instant, finis en bergerie. Anne Bréhier

(1) Outre la centrale de Verneuil, les brebis pâturent deux autres parcs de la région, gérés par des opérateurs différents (39 ha de surface d’herbe supplémentaires).