Durant l’hiver, les 320 brebis mérinos de Fanny Tamisier pâturent sur des prairies mais aussi dans des vignes et des vergers. « Je pratique cet écopâturage chez des arboriculteurs et des vignerons qui ont réduit les désherbants et enherbé leurs inter-rangs, explique l’éleveuse, installée à Beauvoisin, dans le Gard. Ils me proposent cette herbe gratuitement, et en contrepartie, ils n’ont pas à la tondre avant le passage des tailleurs. »

Entre plaines et alpages

S’appuyant sur la rusticité des mérinos, elle conduit son troupeau en plein air intégral. De mai à octobre, celui-ci transhume sur un alpage de 300 ha en Savoie. En novembre, il redescend en plaine. Fanny utilise alors plusieurs ressources afin d’avoir de l’herbe jusqu’en avril. « Dans le cadre d’un bail environnemental, je loue 40 ha de prairies », note-t-elle. Celles-ci complètent l’éco­pâturage jusqu’en février. « À partir du moment où les vignes et les vergers débourrent, je ne peux plus y mettre les brebis car elles risqueraient de brouter les jeunes pousses, détaille Fanny. Avant qu’elles ne partent en montagne, je les fais pâturer sur 60 ha de parcours loués à une commune, que j’entretiens dans le cadre d’une MAEC (1) pour la lutte contre l’incendie. »

Des agneaux d’herbe

L’éleveuse est équipée de clôtures électriques à quatre fils qu’elle déplace d’une parcelle à l’autre. Les animaux y restent trois, quatre ou cinq jours en fonction de l’herbe. Ils se déplacent ensuite à pied jusqu’au prochain parc. « J’ai une remorque pour transporter les clôtures et les abreuvoirs. Et chaque jour, je viens apporter de l’eau et voir si tout va bien », explique-t-elle.

L’agnelage principal est calé sur septembre et octobre. Les antenaises agnèlent en février, en même temps que les brebis qui se sont décalées. La prolificité est de 150 à 160 agneaux pour 100 brebis. Fanny est équipée d’une bergerie tunnel où elle dispose de cases d’agnelage : « Les brebis y restent deux jours avec leurs agneaux, le temps de leur donner les premiers soins et de poser les boucles. Puis elles rejoignent un parc juste à côté. »

Les agneaux nés à l’automne pâturent ensuite avec leur mère avant d’être sevrés en février. « À ce moment-là, je trie les femelles, qui fourniront le renouvellement ou seront commercialisées comme reproductrices », précise l’éleveuse, dont le troupeau est en sélection. Les mâles, de leur côté, sont finis à l’herbe sur les prairies avant d’être commercialisés durant l’été pour la fête de l’Aïd el-Kébir.

Fanny Tamisier est associée avec un éleveur équipé d’un abattoir qui ne fonctionne que pour cette occasion. « Je complémente les agneaux nés en février avec de l’aliment afin qu’ils prennent du poids et soient aussi prêts au moment voulu. Je fais ainsi abattre des mâles de 6 à 11 mois, qui pèsent de 40 à 60 kg vifs », précise-t-elle. Le prix de vente moyen se situe autour de 180 €/tête. Il permet de couvrir les frais et de valoriser le travail dans ce système économe basé sur l’herbe.

Frédérique Ehrhard

(1) Mesure agroenvironnementale et climatique.