Il peut se passer beaucoup de choses en vingt ans. Des travaux inédits, impliquant Évolution, l’Inrae, l’ESA d’Angers et Oniris, ont permis d’anticiper les retombées technico-économiques de diverses stratégies d’accouplements à l’aide d’un simulateur.

Vingt ans d’étude

Ces stratégies, en race pure, changement de race par absorption ou croisement 2 et 3 voies, ont été appliquées sur un troupeau initial prim’holstein. Le progrès génétique a été estimé à partir des bilans d’indexation de taureaux existants. « En croisement, l’estimation des valeurs génétiques tient compte des écarts génétiques entre races et des effets d’hétérosis (1) », précise l’étude, publiée dans le cadre de l’édition 2020 des 3R. Au bout de vingt années « virtuelles », les résultats sont comparés à ceux obtenus sur un troupeau témoin prim’holstein, issu d’accouplements avec des taureaux dits « équilibrés ».

Travailler les taux

Si l’objectif de l’éleveur est d’améliorer la productivité des vaches, préserver la première race française en axant la sélection sur le volume fait mouche. « Les stratégies de croisement rotatif intégrant la race normande seule ou avec une autre race plus laitière (montbéliarde, brune) produisent autour de 400-500 kg de lait en moins » que le modèle témoin. Le croisement 3 voies avec la montbéliarde et la rouge suédoise offre aussi une belle productivité, toutefois inférieure de 150 à 300 kg de lait au modèle témoin.

Si l’objectif porte sur la matière utile (MU), sélectionner sur les taux ou opter pour un croisement intégrant la normande, et potentiellement la jersiaise, porte ses fruits.

Enfin, si la santé de la mamelle et la fertilité passent au premier plan, le croisement est souvent la meilleure option. Quoi qu’il en soit, toutes les combinaisons génétiques testées, y compris le schéma témoin, aboutissent à une hausse de la marge brute (MB).

Dans le cas où le volume livré reste constant sur vingt ans, « les stratégies nécessitant le plus grand nombre de vaches ont aussi été celles avec les charges opérationnelles les plus élevées » aux 1 000 l. Les stratégies concernées sont le changement de race par absorption vers la normande et les divers croisements impliquant la jersiaise. Si la plus-value sur le lait et la viande compense cette hausse des charges pour le changement de race au profit de la normande, « le produit obtenu avec le croisement rotatif prim’holstein-jersiaise a été pénalisé par une forte diminution du produit viande », prévient l’étude.

Toujours dans l’optique de maintenir ses livraisons, « les stratégies orientées sur l’amélioration des taux de matière utile engendrent généralement une meilleure MB même si la quantité de lait est pénalisée », analyse l’étude. Et si le taux de réforme est assez élevé, « les stratégies de croisement valorisant à la fois les taux de matière utile et le produit viande » sortent gagnantes.

Les conclusions issues de cette modélisation révèlent « qu’il n’existe pas de combinaison génétique star correspondant à tous les systèmes et objectifs, résume Sixtine Person, responsable de l’offre croisement laitier chez Évolution. Et dans un système, il y a plusieurs solutions possibles en race pure ou croisement lait. » A. Courty

(1) Définition de Charlotte Dezetter : « Gain génétique qui s’ajoute à la moyenne parentale. »